Des étirements au décrassage, Yvan Bourgis (Stade brestois), Florian Mulot (FC Fleury 91) et Benjamin Brossard (Chatou AS) décortiquent 9 idées reçues sur la récupération / ©IStock

Étirements, bains froids, massages, 48 heures de repos… La récupération charrie encore bien des mythes. On a demandé à trois préparateurs athlétiques de les décortiquer.  

Dans un football en pleine mutation, les staffs s'étoffent et les expertises se spécialisent. Dans ce cadre, l'UNECATEF et VESTIAIRES coaching s'associent pour une série consacrée aux métiers de club et à leurs transformations. Après avoir interrogé Sylvain Ripoll et Stéphane Dief sur la structuration d'un staff, puis décrit les missions du premier adjoint, focus aujourd'hui sur un rôle croissant : celui de préparateur athlétique. 

 

"Les trois piliers : bien dormir, bien manger, bouger intelligemment"

Pour ce faire, Yvan Bourgis (Stade brestois), Florian Mulot (FC Fleury 91) et Benjamin Brossard (Chatou AS) décortiquent ensemble neuf idées reçues sur un sujet essentiel : la récupération. "En fin de compte, les trois piliers que les études les plus solides n'ont jamais réussi à contredire restent les mêmes : bien dormir, bien manger, bouger intelligemment — sans oublier de bien s'hydrater. Tout le reste, c'est de l'optimisation. Commencez par la base, appliquez-la avec rigueur, et vous serez surpris de ce que votre corps est capable de faire quand on lui donne vraiment ce dont il a besoin. », introduit Benjamin Brossard. 

Ancien défenseur du Stade Brestois, Yvan Bourgis y exerce la fonction de préparateur physique depuis 2019 / ©Stade Brestois

1. "Les étirements permettent de mieux récupérer"

Yvan Bourgis : Une croyance très répandue, mais que la science ne valide pas. Il n'existe aucune évidence solide montrant que les étirements améliorent la récupération musculaire, ni qu'ils réduisent les douleurs post-effort. Pire : après un effort intense, les dégâts musculaires occasionnés pourraient être amplifiés par des étirements trop prolongés ou trop soutenus. Le retour au calme post-séance et le maintien d’un niveau de souplesse font partie des avantages que l’on peut trouver dans les assouplissements et les étirements de type passifs (moins de 15 secondes par groupe musculaire en fin de session, sans contraction, ni a-coups préalables et avec des niveaux de tensions raisonnables). À défaut d’une récupération accélérée, l’usage des étirements envoie un signal utile au corps pour sortir progressivement de l'effort.

 

2. "Récupération physique et mentale, c'est la même chose"

Yvan Bourgis : "La motivation était là, mais les jambes n'ont pas suivi." "Avec la victoire, on va récupérer plus vite." Ces phrases résument une confusion fréquente. Même s'il existe des interactions, récupération mentale et physique répondent à des mécanismes bien distincts. La première, liée au système nerveux central, vise à retrouver fraîcheur cognitive, concentration, motivation et résistance au stress. Elle passe avant tout par le repos, le sommeil et la relaxation et tous les moyens qui permettent de faire un break après une sollicitation épuisante. La seconde, plus corporelle, cherche à reconstituer les stocks énergétiques, réparer les structures lésées et déstocker la fatigue accumulée. Elle nécessite des stratégies nutritionnelles et hydriques adaptées, couplées à des phases de repos suffisantes. Gérer l'une ne garantit pas de gérer l'autre.

 

3. "48 heures suffisent toujours pour récupérer, quel que soit le joueur"

Yvan Bourgis : Le seuil de 48 heures post-match est communément admis — et souvent intégré dans les programmes d'entraînement comme un standard universel. Il correspond effectivement au délai d'apparition des courbatures et à la fenêtre pendant laquelle les actions très intenses (sprints, sauts, changements de direction) sont déconseillées en raison du risque de blessure. Mais ce repère n'est pas une vérité absolue. De nombreuses variables viennent le moduler : l'âge et le profil physique du joueur, le temps de jeu réel, l'intensité du match, le contexte du déplacement, le résultat, ou encore les habitudes individuelles de récupération. Le J+2 est un repère utile, pas une règle gravée dans le marbre.

 

4. "Le décrassage accélère la récupération musculaire"

Benjamin Brossard : Quelques tours de terrain au petit trot après le match : le rituel est universel, mais son efficacité sur la récupération musculaire est très limitée. L'acide lactique souvent invoqué disparaît naturellement en moins d'une heure après le coup de sifflet final, que le joueur coure ou reste assis dans les vestiaires. Ce qui provoque les douleurs des jours suivants, ce sont les micro-lésions musculaires causées par les accélérations, les freinages et les duels — et dix minutes de footing n'y changent rien. En revanche, le décrassage a une vraie valeur mentale : il réduit le niveau de stress ressenti après le match et facilite l'endormissement. À condition de rester léger — dès que l'intensité dépasse 65 % de la fréquence cardiaque maximale, on n'est plus en récupération, on ajoute de la fatigue. Conseil pratique : remplacez le footing par 5 à 10 minutes de mobilité douce (rotations de hanches, balancements de jambes, fentes lentes), hydratez-vous dans les 20 minutes suivantes et mangez dans l'heure. Considérez le décrassage pour ce qu'il est vraiment : une transition mentale, pas une thérapie musculaire.

 

5. "Les massages améliorent la récupération musculaire"

Benjamin Brossard : Peu de clubs amateurs ont accès à un vrai protocole de massage post-match. Une chance si l’on considère que les effets réels sont plus limités qu’on ne le prétend. Le massage fait deux choses très bien : il réduit la perception des courbatures — ces douleurs qui apparaissent 24 à 48 heures après l'effort — et il active le système nerveux parasympathique, favorisant la détente et l'endormissement. Des effets réels, concrets, mais qui relèvent du bien-être, pas de la récupération fonctionnelle. Sur la capacité à reproduire une performance explosive dans les 48 à 72 heures suivantes, le massage ne tient pas ses promesses. Il permet de se sentir mieux — ce qui n'est pas rien — mais ne remet pas le joueur sur pied plus vite. Conseil pratique : investissez dans un foam roller : 20 minutes d'utilisation post-effort réduisent les courbatures de façon comparable à un massage manuel. Ajoutez une douche écossaise (alternance eau froide/eau chaude sur trois cycles minimum) pour relancer la circulation et limiter l'inflammation locale. Et le soir du match, 10 minutes les jambes à la verticale contre un mur suffisent à relancer le retour veineux – gratuitement, devant la télévision.

Préparateur physique de Madagascar depuis 2019, Floriant Mulot exerce également au Feury FC 91, en National 1, depuis plusieurs saisons / ©FC Feury 91

6. "Les bains froids sont indispensables après un match"

Florian Mulot : Les bains froids présentent des avantages réels : effet antalgique, réduction de l'inflammation articulaire et des microtraumatismes musculaires par vasoconstriction, diminution de la fatigue perçue, meilleure détente physique et mentale, aide à l'endormissement. Autant de raisons qui en font un outil intéressant en post-match. Mais ils ne sont pas indispensables pour autant. En réduisant le débit sanguin, le froid limite aussi la circulation des éléments réparateurs — protéines, glucides — vers les tissus qui en ont besoin. Une utilisation trop systématique ou trop fréquente risque de freiner les adaptations souhaitées à long terme. Ce que l'on recherche dans la récupération, ce n'est pas le soulagement immédiat, c'est l'optimisation de la disponibilité du joueur sur la durée — semaine après semaine, mois après mois. Les bains froids ont leur place dans l'arsenal, mais avec discernement, pas comme protocole quotidien automatique.

 

7. "Pour récupérer, il faut se reposer totalement"

Benjamin Brossard : Canapé, télévision, immobilité totale le dimanche et le lundi : le schéma est courant chez le joueur amateur. Résultat : des jambes lourdes au retour à l'entraînement, une mise en route laborieuse, et une incompréhension de cette fatigue persistante. L'explication est physiologique : sans stimulation légère, la circulation ralentit, les déchets métaboliques stagnent dans les muscles, et la resynthèse du glycogène est retardée. La récupération active — bouger légèrement dans les 48 heures post-match — est unanimement validée par les études : les joueurs qui s'y astreignent reviennent à l'entraînement dans un meilleur état fonctionnel que ceux qui se sont allongés tout le week-end. Cela dit, le repos total garde sa place dans certaines situations : blessure musculaire, fièvre, fatigue profonde accumulée. Forcer sur un corps qui envoie des signaux d'alarme, c'est transformer une semaine d'arrêt en un mois. Conseil pratique : une marche de 20 à 30 minutes à allure tranquille, 10 minutes de mobilité douce à la maison, et une heure de sommeil supplémentaire le soir du match. Aucun protocole ne compensera une nuit trop courte.

 

8. "Un bon plat de pâtes suffit pour récupérer"

Yvan Bourgis : Pour récupérer après un effort intense, une bonne ration de pâtes va permettre de refaire le stock d’énergie et reconstituer les réserves de glycogène, le carburant musculaire épuisé pendant le match — un peu comme remettre du carburant après un long trajet. Dans les heures qui suivent l'activité, on privilégiera d'ailleurs les glucides à index glycémique élevé pour accélérer cette resynthèse. Mais s'en tenir aux pâtes, c'est ne couvrir qu'un tiers des besoins réels. La stratégie nutritionnelle de récupération repose sur une triple alliance : glucides pour refaire les stocks, protéines (viande, poisson, œuf, laitage) pour réparer les dommages musculaires, et hydratation adaptée — eau et sels minéraux — pour compenser les pertes liées à la sudation. On pourra y ajouter quelques aliments antioxydants (fruits notamment), tout en privilégiant des aliments non agressifs pour un appareil digestif parfois sensible après l'effort. C'est ce que Yann Le Meur résume dans sa règle des 4 R : Réhydrater, Restocker, Réparer, Relaxer.

 

9. "Tous les joueurs doivent suivre le même protocole de récupération"

Yoan Bourgis : L'individualisation est au cœur de tout processus d'entraînement. Elle doit l'être tout autant dans les protocoles de récupération, car chaque joueur réagit différemment à la fatigue. Sur le plan nutritionnel, les recommandations s'expriment en grammes par kilogramme de poids de corps pour les glucides et les protéines, et tiennent compte du profil athlétique du joueur (explosif ou aérobie), de son niveau de sudation, de sa tolérance digestive. Sur le plan du repos, les conditions d'endormissement après un match (excitation, luminosité, trajets, écrans) varient d'un individu à l'autre et nécessitent des aménagements personnalisés. Enfin, certaines stratégies complémentaires — bains froids, compression, électrostimulation, massages — restent de l'ordre de la croyance ou de l'habitude pour une partie des joueurs. L'effet placebo et psychologique n'est pas négligeable : supprimer une routine perçue comme efficace peut freiner le processus de récupération. Avant de modifier une pratique, proposez une alternative. En conclusion : éducation et individualisation restent les deux piliers d'une récupération vraiment efficace.

 

-> A (re)lire : Constituer son staff : "Priorité à la complémentarité"

-> RENDEZ-VOUS SUR LE SITE INTERNET DE L'UNECATEF POUR ADHÉRER
 

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