Stéphane Dief (Le Puy Foot 43) et Sylvain Ripoll (EA Guingamp) partagent leurs conseils pour bâtir un staff complémentaire, efficace et uni / ©DR

Bâtir un staff complémentaire, efficace et uni est un enjeu de poids pour l'entraîneur moderne. Sylvain Ripoll (EA Guingamp) et Stéphane Dief (Le Puy Foot 43) partagent leurs conseils. 

Dans un football en pleine mutation, le rôle de l’entraîneur ne cesse d’évoluer. Autour du coach n° 1, les fonctions se spécialisent, les expertises se multiplient et l’organisation des staffs devient un levier stratégique majeur. Dans ce contexte, l’UNECATEF et VESTIAIRES coaching s’associent pour lancer une série d’articles consacrés aux métiers de club et à leurs évolutions. Avant de donner la parole aux adjoints, préparateurs physiques, entraîneurs des gardiens, directeurs sportifs ou recruteurs, il nous semblait essentiel de faire un point sur la structuration du staff et la place centrale du manager.

 

Pour en parler, nous avons réuni deux profils complémentaires : Stéphane Dief, actuellement en formation au BEPF après plusieurs saisons au niveau national avec l'AS Yzeure puis Le Puy (National 1), et Sylvain Ripoll, ancien coach du FC Lorient en Ligue 1, sélectionneur de l’équipe de France espoirs, aujourd’hui entraîneur de Guingamp en Ligue 2. Deux parcours différents, mais une même conviction : constituer et gérer un staff est devenu une compétence déterminante du métier d’entraîneur.

 

Quand on est entraîneur principal, à quel moment commence-t-on à penser à la composition de son staff ?

Sylvain Ripoll : C’est un cheminement qui se construit année après année. Il y a d’abord une question de moyens : qu’a-t-on à disposition pour constituer son staff ? Ensuite, il y a la philosophie personnelle. Moi, je suis plutôt favorable à un staff réduit. Mais réduit ne veut pas dire incomplet. À mes débuts, j’avais tendance à vouloir faire beaucoup de choses moi-même. Je pensais être le mieux placé pour faire passer les messages. Puis je me suis rendu compte que, pour être efficace, il faut parfois savoir s’effacer.

 

Stéphane Dief : J’ai toujours participé aux recrutements de mes staffs en recherchant en priorité la complémentarité : des compétences différentes des miennes et des profils variés. Au Puy, j’ai fait le choix d’un staff plutôt jeune car j’approche de la cinquantaine et je trouve important d’être entouré de personnes plus proches des codes des nouvelles générations.

 

Sylvain Ripoll : "Important d’avoir dans son staff des personnes qui représentent l’identité locale"

 

Comment sont composés vos staffs au Puy et à Guingamp ?

SD : Nous sommes huit, avec plusieurs doubles casquettes liées aux moyens : deux adjoints, un préparateur athlétique dédié à la N1 et un adjoint à la préparation physique, un entraîneur des gardiens à mi-temps, un analyste vidéo et un kiné. Mon premier adjoint, Jérémy Sahuc, est très fort sur la méthodologie et la préparation des séances, tandis que Romain Philippoteau, qui sort du monde professionnel, nous apporte les codes du vestiaire et cette légitimité du haut niveau.

 

SR :  À Guingamp, sur le staff technique, j’ai un seul adjoint, Benjamin Genton, que j’ai eu comme joueur lorsque j’étais moi-même adjoint au FC Lorient. J’ai également deux préparateurs physiques, dont Florian Simon, avec qui je travaille depuis plus de quinze ans, un entraîneur des gardiens et un analyste vidéo. Ce dernier est un jeune issu du club, car je trouve important d’avoir dans son staff des personnes qui représentent l’identité locale. 

A Guingamp, le staff technique de Sylvain Ripoll se compose d'un adjoint, de deux préparateurs physiques, d'un entraîneur des gardiens et d'un analyste vidéo / ©Icon Sport

Dans le football professionnel, les staffs s’élargissent. Quand les moyens sont limités, quelles doivent être les priorités pour un entraîneur ?

SR : Les tâches se sont multipliées : individualisation par poste, GPS, data, travail spécifique en salle… Les clubs qui en ont les moyens se staffent en conséquence. Mais déjà à cinq ou six, maintenir la cohésion n’est pas simple. J’ai connu des staffs avec trois adjoints : très vite, le deuxième se demande pourquoi il intervient moins, le troisième cherche sa place… Pour moi, la base est d’avoir un adjoint, un entraîneur des gardiens et un préparateur physique. 

 

SD : Si je dois donner un conseil à un jeune coach : commencez par ajouter une compétence que vous ne possédez pas ! À mes débuts, j’ai donc d’abord cherché à recruter un préparateur physique, avec une vraie sensibilité football et capable de prendre en charge un atelier dans le déroulé d’une séance.

 

Stéphane Dief : "Dès le recrutement, il vaut mieux être clair sur qui fait quoi ?"

 

Donc, un staff doit être réfléchi pour compenser les manques de l’entraîneur ?

SR : Chercher des clones est une erreur. La richesse vient de la complémentarité. Un staff se construit aussi avec des différences et des désaccords. La question est ensuite de savoir comment on les gère. Si vous avez quelqu’un qui dit toujours comme vous, cela ne vous rend pas service. En revanche, il faut partager une sensibilité commune du jeu. Pour l’avoir vécu, si avec votre adjoint vous n’êtes jamais sur la même longueur d’onde, même si cela colle sur le plan humain, à un moment donné cela crée trop de distance et vous fait perdre du temps.

 

Comment définir les rôles dès le départ ?

SD : Dès le recrutement. Il vaut mieux être clair tout de suite : qui fait quoi ? Chacun doit savoir ce qu’il a à faire et ne pas empiéter sur les missions des autres. Si cela ne convient pas, mieux vaut ne pas conclure, car la frustration naît souvent du flou. C’est pourquoi je demande toujours à mon staff de me ramener des éléments factuels. 

 

SR : Déjà, il y en a deux avec qui je travaille depuis vingt ans. Inutile de dire que cela fait gagner du temps. Pour les autres, les missions sont définies clairement. Je veux bien entendre beaucoup de choses sur la construction des séances, les causeries, le management… Il n’y a aucun problème là-dessus. En revanche, sur les aspects purement techniques, en ce qui me concerne, cela se décide uniquement avec mon adjoint.

 

Sylvain Ripoll : "Un bon adjoint sait ce qu’il doit faire remonter… et ce qu’il peut filtrer"

 

Comment créer un climat où chacun ose s’exprimer ?

SD :  Aujourd’hui, je demande qu’on me dise les choses, même si elles ne me plaisent pas. La franchise est essentielle. C’est là que l’on voit aussi sur qui l’on peut s’appuyer. Cette saison, le staff m’a remonté des ressentis du vestiaire à un moment où les résultats étaient moins bons. Cela nous a permis de réajuster notre management. S’ils avaient gardé ces informations, nous aurions pu faire fausse route.

 

SR : Ce qui est plus subtil, c’est la gestion des informations. Un bon adjoint sait ce qu’il doit faire remonter… et ce qu’il peut filtrer. La frontière est fine et le rôle de l’entraîneur est capital, car il doit protéger en retour son staff lorsqu’il lui fait remonter des informations pour ne pas briser la confiance avec les joueurs.

 

Quelles erreurs doit-on éviter lors de la constitution d’un staff ?

SD : S’entourer de personnes trop similaires par confort. Il faut au contraire vouloir s’entourer des meilleurs dans chaque domaine.

 

SR : J’ai parfois commis des erreurs en privilégiant des aspects amicaux ou affectifs. J’ai constaté que j’avais du mal à gérer ce type de relation dans le cadre professionnel. Je pense que le plus important est de bien se connaître, de bien s’évaluer soi-même, pour aller chercher chez les autres ce qui vous manque réellement.

 

Stéphane Dief : "Il faut donner de la place à chacun et créer les conditions de l’épanouissement collectif"

 

Quel conseil donneriez-vous à un jeune entraîneur ?

SD : Ne pas faire l’erreur de penser que tout ce que l’on fait est mieux fait que par les autres, et ne pas vouloir tout faire soi-même. On s’épuise et on perd en fraîcheur. Et cela peut paraître simple, mais il faut choisir quelqu’un qui veut vraiment être adjoint. C’est un métier à part entière. Au BEPF, lorsque je me suis retrouvé dans ce rôle, j’ai compris à quel point la posture est complexe : proposer, relayer la parole du coach, parfois sans être totalement d’accord, tout en sachant se mettre en retrait.

Stéphane Dief : " Cette saison, le staff m’a remonté des ressentis du vestiaire à un moment où les résultats étaient moins bons. Cela nous a permis de réajuster notre management" / ©Le Puy Foot 43

Finalement, un bon entraîneur est-il d’abord un bon chef de staff ?

SD : Savoir bien manager son staff est devenu essentiel pour un entraîneur. Il faut donner de la place à chacun et créer les conditions de l’épanouissement collectif.

 

SR : Ce qui est capital, c’est que chaque adjoint ait l’impression que le projet est aussi le sien. J’aime voir mon staff souffrir quand cela ne va pas bien, et heureux comme personne lorsque les résultats sont là.

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