A l'image de Loïc Gaillard (US Saint-Malo), "l'adjoint numéro 1 est un trait d'union essentiel du staff / ©DR

Quel est le rôle d'un adjoint en L2 ou en N2 ? Emerick Darbelet (Rodez) et Loïc Gaillard (Saint-Malo) dévoilent les coulisses, les tâches et les évolutions du n°2 au sein du staff. 

Dans un football en pleine mutation, le rôle de l’entraîneur ne cesse d’évoluer. Autour du numéro 1, les fonctions se spécialisent, les expertises se multiplient, les staffs s’étoffent et l’organisation devient un levier stratégique à part entière. Dans ce contexte, l’UNECATEF et VESTIAIRES coaching s’associent pour lancer une série consacrée aux métiers de club et à leurs transformations. Après avoir interrogé Sylvain Ripoll (Guingamp) et Stéphane Dief (Le Puy) sur la structuration d’un staff (lire l'article ICI), place à une fonction longtemps restée dans l’ombre : l’adjoint numéro 1.

Emerick Darbelet occupe depuis vingt ans le poste d’adjoint qu’il occupe depuis six à Rodez (Ligue 2), auprès de Laurent Peyrelade, puis de Didier Santini / ©Rodez AF

"Je fais les choses comme si c’était mon groupe, comme si j’étais le numéro 1, mais sans jamais oublier où est ma place". Après des débuts chez les jeunes et une parenthèse de deux ans comme entraîneur principal à Vendée Fontenay Foot, Emerick Darbelet (52 ans) occupe depuis vingt ans ce poste d’adjoint qu’il a découvert aux côtés de Pascal Moulin (SR Colmar), à l’AS Moulins. "Il a d'abord fallu que j’appréhende ce métier si particulier car il n’existe aucune formation d’adjoint. "Chaque mission dépend donc énormément du contexte", pose d'entrée le numéro 2 de Rodez depuis six ans pour présenter ce rôle si particulier, mais si important au sein d'un club.

 

"La qualité la plus importante du métier : la complémentarité"

En Aveyron, il a d'ailleurs connu deux entraîneurs aux profils opposés : "Laurent Peyrelade (RCO Agde) est très structuré et aime bien tout contrôler, là où Didier Santini est davantage dans un rôle de manager. Il m'a donc fallu comprendre, puis me mettre en symbiose avec son projet de jeu, que je partage complètement, pour en devenir son premier prolongement".

 

À plus de 800 kilomètres au nord-ouest, Loïc Gaillard, 30 ans, est entré dans le staff malouin en 2019 auprès des gardiens, avant de devenir adjoint en 2020. BEF en poche, engagé dans le DES, il s’épanouit dans ce "rôle varié", qu'il a déjà exercé auprès de Grégory Poirier (Red Star), Fabien Pujo (Villefranche) et désormais Gwenaël Corbin. Des changements de coach principal qui lui ont permis de cultiver "la qualité la plus importante du métier : la complémentarité. C'est essentiel pour pouvoir soulager l'entraîneur et accompagner au mieux le groupe".

 

Entre animation des séances, analyse de l'adversaire ou travail individualisé

À Saint-Malo, les fonctions du Breton sont variées : participation à la conception des séances, coanimation de la majorité d’entre elles, responsabilité de celle de reprise, gestion des sous-groupes et du travail individualisé par poste, analyse de l’adversaire avec l’analyste vidéo… "Mais à la fin, c’est toujours le coach qui décide comment on va jouer", précise le technicien. Le jour du match, l’adjoint devient vigie. Gaillard a même commencé la saison en tribune : "On avait besoin de mettre un kiné sur le banc, donc je suis allé en haut, connecté par téléphone, avec une vue aérienne qui apporte d’autres éléments de compréhension tactique quant à la dynamique du jeu sur le terrain." Redescendu sur le banc depuis, sa mission reste la même : "Faire en sorte qu’on garde la ligne directrice du plan de jeu et réfléchir avec le coach sur la stratégie ."

À Saint-Malo, les fonctions de Loïc Gaillard sont variées : participation à la conception des séances, coanimation de la majorité d’entre elles, responsabilité de celle de reprise, gestion des sous-groupes et du travail individualisé par poste… / ©DR

Du côté de la Ligue 2, Emerick Darbelet profite de "la confiance totale" de Didier Santini pour concevoir et animer les séances et faire ce qu'il "aime le plus : entraîner". Dans la préparation de la compétition, il suggère et échange avec son numéro 1 : "Pendant les matchs, je prends la température et lui soumets deux ou trois idées et je le laisse réfléchir. On discute ensemble des changements, mais je ne fais aucun choix : c’est lui le boss." En vingt ans de banc, l'ancien milieu de terrain du Mans ou d'Amiens a vu son métier se transformer : "Les coachs laissent de plus en plus de place. Avant, c'était forcément un mec de terrain, mais c'est de moins en moins le cas car il y a de plus en plus de choses à gérer à côté, entre la presse, les dirigeants, les joueurs…".

 

"À partir du moment où le coach a pris une décision, il n’y a plus de débat. Si je ne suis pas d’accord, je lui dis quand on est tous les deux"

 

"On pourrait dire que l’adjoint était généraliste, mais de nos jours il y a de plus en plus de spécialistes dans les staffs : phases arrêtées, travail individuel, attaquants…", complète Loïc Gaillard. Les capacités de l'entraîneur principal à manager son staff deviennent donc une compétence capitale, comme le constate Emerick Darbelet à Rodez. "Pour moi, la force de notre staff de sept, c’est que dans le bureau on peut tout se dire pour arriver à des choix collégiaux. À partir du moment où le coach a pris une décision, il n’y a plus de débat. Si je ne suis pas d’accord, je lui dis quand on est tous les deux. Mais face au staff et aux joueurs, je suis à 100 % raccord." 

/ ©Rodez AF

Une loyauté essentielle vis-à-vis des joueurs également. "Je suis jeune, proche des joueurs, surtout des plus jeunes qui naviguent entre la réserve et la N2. Il faut être à l’écoute, dans l’échange, sans être déloyal, ni oublier qu'on est dans le staff, décrit Loïc Gaillard. Une façon de rejoindre la définition du parfait n°2 selon Sylvain Ripoll : "un bon adjoint sait ce qu’il doit faire remonter… et ce qu’il peut filtrer". Avant de préciser son propos : "La parole des joueurs est centrale mais parfois ambivalente. Aussi, il faut être vigilant à la cohésion du vestiaire et capable de prévenir le coach s’il y a un souci, sans l’assommer d’informations." Même logique à Rodez. "Tout ce qui se passe dans le vestiaire et dans la vie des joueurs passe par moi. Je filtre. Il y a suffisamment de choses à gérer. Mais nous sommes souvent en accord. Dernièrement, un de nos joueurs avait sa femme qui devait rentrer à la maternité. Il me l’a dit et je lui ai dit de voir avec le coach et de ne pas venir à l’entraînement, et il a dit pareil…".

 

"Il ne faut pas se prendre pour le calife à la place du calife"

Reste l’ambition personnelle. Faut-il vouloir devenir entraîneur principal pour être un bon adjoint ? "Aujourd’hui, je suis très bien dans mon rôle, car je me sens numéro 1, sans les emmerdes du numéro 1. J’apprends énormément et le fait que Didier Santini nous donne autant de liberté nous pousse à nous donner à 100 %", témoigne Emerick Darbelet. Loïc Gaillard, également entraîneur de la réserve de Saint-Malo, se trouve lui "au croisement de mes réflexions… Les deux rôles sont intéressants", décrit le trentenaire convaincu qu'un passage en numéro 1 reste une étape essentielle pour être un adjoint complet. S'il reconnaît une part d'ambition, le Breton met tout de même en garde : "Un adjoint qui a les dents trop longues peut fragiliser la cohésion de l’équipe. Il ne faut pas se prendre pour le calife à la place du calife. 

 

Et de rappeler l’essentiel : "Un bon entraîneur a souvent un bon staff avec les personnes à la bonne place." Dans un football où le management prend de plus en plus de place, l’adjoint numéro 1 demeure plus que jamais un trait d’union essentiel.

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