Vous les avez croisés en formation, mais connaissez-vous vraiment le rôle des conseillers techniques ? Grégory Girardin et Vanessa Juge racontent ce métier de l'ombre.
Dans un football en pleine mutation, les staffs s'étoffent et les expertises se spécialisent. Dans ce cadre, l'UNECATEF et VESTIAIRES coaching s'associent pour une série consacrée aux métiers du football et à leurs transformations. Après avoir interrogé Sylvain Ripoll et Stéphane Dief sur la structuration d'un staff, décrit les missions du premier adjoint, dépoussiéré quelques idées reçues avec trois préparateurs athlétiques, et plongé dans la vie d'un entraîneur des gardiens de Ligue 1, place aujourd'hui à un métier aussi essentiel que méconnu : conseiller technique régional. Grégory Girardin, CTR Formation à la Ligue d'Occitanie depuis cinq ans, et Vanessa Juge, DTR de la Nouvelle-Aquitaine, racontent le quotidien de ces plus de 300 conseillers techniques qui façonnent les entraîneurs de demain.

Comment définiriez-vous simplement ce qu'est un conseiller technique régional à quelqu'un qui ne connaît pas ?
Vanessa Juge : C'est une question très difficile, parce que les missions d'un CTR sont très variées. Mais pour aller à l'essentiel, comme son nom l'indique, notre rôle est de conseiller nos clubs locaux en faisant le lien avec la DTN. Cela passe par la formation des éducateurs, la détection, le développement des pratiques, avec tout ce que ça implique d'adaptation au territoire, aux publics et aux réalités de terrain.
Grégory Girardin : Ce qui me tient à cœur par-dessus tout, c'est la sensibilisation à la responsabilité de l'éducateur que nous avons en l'accompagnant dans son parcours de formation. Notre objectif final et notre rôle, c'est qu'au bout de la chaîne, les jeunes joueurs évoluent dans les meilleures dispositions possibles, dans un climat serein.
"Nous devons traiter les éducateurs d'égal à égal. Nous ne sommes pas là pour leur dicter ce qu'il faut faire"
Quelles sont les qualités indispensables pour devenir un bon CTR ?
GG : Le savoir-être et le relationnel avant tout car nous devons traiter les éducateurs d'égal à égal. Nous ne sommes pas là pour leur dicter ce qu'il faut faire, mais pour les accompagner, en respectant leur personnalité et en les aidant à se structurer selon ce qu'ils sont.
VJ : Il faut savoir également pouvoir s'adapter vite, être convaincant et un bon communiquant. L'un des points les plus importants de notre fonction est d'être un expert de la pratique. Sur ce dernier point, soyons honnêtes : la formation formelle des CTR reste perfectible. Mais on s'améliore énormément au contact des uns et des autres, et au contact des clubs eux-mêmes. On doit également se documenter au quotidien grâce à des médias comme VESTIAIRES coaching, pour rester à la page.
Vous avez tous deux connu une carrière de joueur avant d'arriver à ce poste. Comment êtes-vous arrivés au métier de CTR ?
GG : J'ai été formé à l'AS Nancy-Lorraine, mais je ne suis pas passé professionnel et j'ai enchaîné quatorze ans en National et National 2. En fin de carrière, j'ai entraîné douze ans dans le même club, avec qui nous sommes montés jusqu'en Régional 2. En parallèle, j'ai commencé à avoir des missions au District de l'Ariège, puis des sollicitations de plus en plus fréquentes de la Ligue, jusqu'à obtenir un poste de formateur sur un nouveau dispositif, le BMF en apprentissage au TFC. Ça s'est bien passé et je suis devenu CTR Formation il y a cinq ans alors que je ne l'avais jamais vraiment imaginé.
VJ : Pour ma part, c'était une vocation. J'ai été joueuse, j'ai fait un Master 2 STAPS management du sport, et j'étais parallèlement engagée comme bénévole au District. J'étais souvent au contact des conseillers techniques lors des sélections quand j'étais jeune, puis dans mon activité bénévole. C'est comme ça que j'ai réalisé que c'était vraiment ça que je voulais faire, et pas prof d'EPS. Quand le poste de Corinne Diacre s'est libéré, je me suis lancée. Vingt ans plus tard, je suis devenue DTR.

À quoi ressemble une semaine type dans ce métier ?
VJ : Une semaine type de CTR, c'est beaucoup de temps dans les clubs en soirée, le mercredi après-midi sur les terrains (détections, sélections, écoles de foot) et le week-end pour aller observer des matchs. DTR, c'est une autre vie, avec beaucoup de réunions, de visioconférences, d'échanges avec les élus, de temps au téléphone avec les collègues. On ne touche plus le terrain de la même façon.
GG : En semaine de formation, je suis avec les stagiaires du lundi au vendredi pour les cours en salle, les passages pédagogiques sur le terrain, les mises en situation de coaching. Il y a aussi un travail sur les projets de club pour aider les structures à se développer sur les plans associatif, éducatif et sportif, ainsi qu'un volet sur la posture de l'éducateur, la connaissance de soi, le bien-être. Entre les semaines de formation, c'est l'organisation des prochaines sessions, la coordination des formateurs, et surtout le suivi des stagiaires et être présent dans les clubs.
Vous avez tous les deux connu le terrain comme joueur et comme entraîneur. Comment vivez-vous le fait de ne plus avoir ce contact direct avec la compétition ?
GG : Il y a beaucoup de liens entre le métier d'entraîneur et celui de CTR : on a un groupe, on le fait vivre, on le fédère tout au long de l'année. Ce qui manque vraiment, c'est la compétition du week-end, le vestiaire. Mais dans les échanges avec les stagiaires, la relation est aussi riche qu'avec des joueurs.
VJ : Le CTR et le manager d'un club font en réalité le même métier : l'un à l'échelle d'un club, l'autre à l'échelle d'un District ou d'une Ligue. On vit les mêmes défis humains, les mêmes enjeux de communication, les mêmes besoins de fédérer. La communication a pris beaucoup de place dans les deux métiers. Le "savoir se vendre" aussi et je pense qu'on peut progresser là-dessus car on ne sait pas toujours bien valoriser tout ce que nous faisons.
Quels sont les grands défis de votre métier aujourd'hui ?
GG : La montée en puissance des violences et des discriminations sur les terrains. C'est une réalité très présente, et nous avons un rôle majeur à jouer. Un éducateur en formation doit être irréprochable et nous, en tant que formateurs, devons l'être encore plus, pour qu'ils puissent ensuite diffuser cet exemple dans leurs clubs.
VJ : Pour moi, un autre grand défi concerne notre socle principal : le football des enfants. Aujourd'hui, quand un club construit son organigramme, il commence par l'entraîneur de l'équipe première et redescend. En foot d'animation, on prend souvent le premier parent disponible, sans lui donner les outils nécessaires et dans notre Ligue, 70 à 80 % des personnes qui encadrent nos plus jeunes n'ont pas de diplôme… On travaille en ce moment sur un livret pratique à leur destination pour que ces parents bénévoles ne partent pas de zéro et mieux les accompagner.
"Ce métier vous surprendra, vous bousculera, vous enrichira à condition d'accepter de ne pas tout savoir d'avance"
Auriez-vous un dernier mot pour quelqu'un qui souhaiterait un jour exercer la fonction de conseiller technique ?
GG : Vivre de sa passion. S'ouvrir à tout ce qui peut le faire grandir. Être force de proposition, curieux, et aimer les autres. C'est un métier où l'on rencontre du monde en permanence donc si vous n'aimez pas les gens et le travail en groupe, ce sera difficile de durer.
VJ : Rester ouvert. C'est peut-être le conseil le plus simple, mais c'est le plus vrai. Ce métier vous surprendra, vous bousculera, vous enrichira à condition d'accepter de ne pas tout savoir d'avance.

Une aide fondamentale pour les clubs !
avec Clara Sidobre, CTR en charge du Développement de l’Animation des Pratiques de la Ligue Bourgogne Franche-Comté
Comment les conseillers techniques accompagnent-ils concrètement les clubs pour les aider à se structurer ?
Tout part de l'outil "projet club", qui va progressivement remplacer le dispositif du label. À partir de septembre, les clubs pourront accéder à cet outil en ligne pour établir un diagnostic général de leur structure et élaborer un projet avec des priorités identifiées selon leur situation. Ils peuvent ensuite nous solliciter. Les formes d'accompagnement sont très variées : aide à la conduite de séance, présentation du parcours de formation, mise en place d'actions du programme éducatif fédéral, création d'équipes féminines, développement de nouvelles pratiques...
Comment assurez-vous le suivi une fois la mise en place effectuée ?
Cela dépend entièrement du club ! Parfois, il s'agit d'un accompagnement en "one shot" avec une structure qui met en place les choses par elle-même parce qu'elle a déjà une vraie culture de projet. Ça peut aussi être un suivi régulier tout au long de la saison, voire sur deux saisons, selon la nature de leur projet. Ce qui compte, c'est que l'accompagnement corresponde vraiment au niveau de maturité et aux besoins du club. La vraie force de notre ligue, c'est la proximité : nos CTD sont au plus près des clubs au quotidien.
Arrivez-vous toujours à répondre aux besoins exprimés ?
Pas toujours, et il faut être honnête là-dessus, il y a parfois des clubs qui ont des besoins qui ne sont pas réalisables. Le plus courant ? L'infrastructure. Tout le monde veut un terrain synthétique supplémentaire, mais s'ils n'ont pas les trois piliers nécessaires à toute action (les moyens financiers, humains et matériels), on ne peut pas inventer ce qui n'existe pas.


