Entraineur des gardiens de l’AJA, Olivier Lagarde travaille avec Christophe Pélissier depuis 18 saisons... L’occasion de revenir sur l'évolution de ce rôle singulier et essentiel au sein du staff.
Dans un football en pleine mutation, les staffs s'étoffent et les expertises se spécialisent. Dans ce cadre, l'UNECATEF et VESTIAIRES coaching s'associent pour une série consacrée aux métiers de club et à leurs transformations. Après avoir interrogé Sylvain Ripoll et Stéphane Dief sur la structuration d'un staff, décrit les missions du premier adjoint, et dépoussiéré de vieilles croyances avec trois préparateur athlétiques, place au rôle singulier, mais essentiel d'entraîneur des gardiens qui, dans la longue histoire de la constitution des staffs, ont été les premiers auxquels on a accolé l’adjectif de "spécifiques". Rien de très étonnant au regard de la singularité de la fonction, avanceront les responsables techniques souvent déstabilisés dès lors qu’il s’agit d’analyser la prestation de leur dernier rempart ou de leur faire valoir des consignes précises.
L’entraîneur spécifique gardiens, un adjoint à part entière
Olivier Lagarde, qui officie aux côtés de Christophe Pélissier à l’AJ Auxerre, a constaté tout au long de ses 18 ans de carrière comment le poste s’est peu à peu métamorphosé : "Notre boulot est évidemment orienté vers la performance des gardiens, mais au sein du staff, son rôle doit s’envisager plus largement comme celui d’un adjoint à part entière. Toute son action est donc tendue vers ce qui va faciliter le travail du nᵒ1. Pour le reste, le cadre de notre activité évolue en permanence. Tout d’abord en fonction du modèle et des principes de jeu du coach, mais également au regard des gardiens dont on dispose. Lorsqu'ils changent, les contenus proposés changent également." Un constat qui dresse en creux les contours d’un poste pour lequel la plasticité et la malléabilité font office de marqueur de l’expertise. Avec, pour toile de fond, la nécessité pour les coaches des portiers de s’adapter aux changements liés au jeu, à l’époque et à une nouvelle génération de "goalkeepers" nourrie aux réseaux sociaux et à Internet. Comme le souligne le cadre bourguignon : "Mes séances à Auxerre aujourd’hui n’ont plus grand-chose à voir avec celles que je proposais à Luzenac au début de ma carrière. La part consacrée à la dimension cognitive et au rôle tactique des gardiens prend de plus en plus d’importance. Ce qui se traduit notamment par la nature des exercices qui sont pensés pour reproduire au plus près les actions sur lesquelles les gardiens sont appelés à intervenir. Cet infléchissement de la logique fait qu’aujourd’hui l’évaluation de notre travail s’effectue après chaque séance. A-t-on, oui ou non, été en phase avec ce que le jeu réclame ? Le profil idéal du coach gardiens actuellement, c’est celui d’un technicien en marche, toujours en train d’imaginer de nouveaux modes d’entrainement ou de concevoir des exercices inédits car les remises en question font partie du processus d’entrainement à part entière".
Des exercices pensés pour reproduire au plus près les actions de jeu sur lesquelles les gardiens sont appelés à intervenir
Le technicien soulève par ailleurs la nature de la relation souvent moins conflictuelle entre l’entraîneur spécifique et ses protégés que celle liant le coach nᵒ 1 avec des joueurs mécontents d’être sur le banc ou en tribunes : "L’avantage, relance Olivier Lagarde, est qu’il existe la plupart du temps une hiérarchie clairement identifiée chez les gardiens. Une hiérarchie qui peut changer comme on le voit régulièrement, mais qui a le grand mérite de sécuriser tout le monde en accordant un statut identifié à chacun. Ainsi quand je viens trouver un gardien pour lui faire part de ce qu’il doit améliorer, il sait que ma seule motivation est de le faire progresser, quitte à lui rentrer un peu dedans. La fonction de coach spécifique réclame de la clarté et exige de la franchise. Lorsque l’on est collé à ses gardiens 5 à 6 jours par semaine, on ne peut pas s’amuser à jouer un rôle. Il faut être soi et ne pas avoir peur de dire les choses. L’honnêteté envers ses gardiens, est, j’en suis convaincu, la première qualité que l’on réclame". La droiture et non pas l’expérience ou le fait d’avoir évolué sur ce poste pourtant si singulier. Faut-il rappeler pour l’exemple qu’un des entraîneurs personnels de Thibault Courtois n’a jamais enfilé les gants du temps de sa carrière de joueur ? La nouvelle réconfortera sans doute les éducateurs souhaitant entrer dans la carrière, même s’il est bien évident que le gardien ayant évolué à un bon niveau aura indéniablement un avantage en termes de ressenti et de capital technique.
Lorsque l’on est collé à ses gardiens 5 à 6 jours par semaine, on ne peut pas s’amuser à jouer un rôle
Pour autant, le coach spécifique encourage les vocations instinctives, lesquelles doivent se doubler d’une formation méthodique : "La première étape, pour ceux qui ne sont pas encore dans le cursus, consiste à se rapprocher de la Ligue, des Districts et des autres émanations de la FFF. Une autre option peut aussi consister à adhérer à un syndicat tel que l’UNECATEF par exemple ou à une amicale des éducateurs. L’idée dominante est qu’il faut se former, aller chercher chez les autres entraineurs des réflexions, de l’expérience et des exercices, dès lors que l’on comprend pourquoi et à quel usage ? Proposer une séance conçue pour un gardien professionnel à un gosse de 14 ans est rarement un service à lui rendre. Ainsi le premier but d’un entraîneur spécifique est d’acquérir les fondements techniques et pédagogiques pour transmettre les bonnes bases aux gardiens qui se rendront à ses séances. Mais pour autant, le jeune éducateur qui a ce qu’il faut de curiosité et de constance et qui est prêt à faire tous les efforts pour comprendre la subtilité du poste peut aussi prétendre à devenir entraîneur spécifique gardiens".
Pélissier, Lagarde, binôme complice :
Luzenac de 2007 à 2014, le SC Amiens de 2014 à 2019, le FC Lorient de 2019 à 2022, puis actuellement l’AJ Auxerre, l’association entre Olivier Lagarde et Christophe Pélissier s’étire dans le temps et la complicité. Un parcours auréolé de succès, est-on tenté de rajouter, puisqu’ensemble les deux hommes ont contribué à faire accéder les 3 derniers clubs cités en Ligue 1 (2017 : SC Amiens ; 2020 : FC Lorient ; 2024 : AJ Auxerre). L’entraîneur spécifique gardiens relate la nature de leur relation : "Christophe, c’est le boss, celui auquel je dois rendre des comptes. Tout ce que je propose en séance repose sur ses orientations de jeu. Sa grande force est qu’il saisit immédiatement la manière dont un effectif peut performer. En fonction des circonstances, nous pouvons être amenés à subir et jouer assez bas ou, au contraire, à vouloir dominer le jeu dans la moitié de terrain adverse. Autant dire que les contenus de séance peuvent être radicalement différents d’une saison à l’autre au regard des forces en présence et des objectifs désignés. Une fois qu’il m’a expliqué ce qu’il attend du gardien en place, il me laisse carte blanche. Je ne suis pas sûr que tous les coaches gardiens de Ligue 1 disposent des mêmes latitudes et de la même confiance. Il faut dire qu’au cours de ces 18 dernières saisons, la confiance et la complicité ont eu le temps de s’installer puisque nous avons surement passé plus de temps l’un avec l’autre qu’avec notre propre famille".
EXERCICES :
"La part consacrée à la dimension cognitive et au rôle tactique des gardiens prend de plus en plus d’importance. Ce qui se traduit notamment par la nature des exercices qui sont pensés pour reproduire au plus près les actions sur lesquelles les gardiens sont appelés à intervenir", nous a déclaré Olivier Lagarde. Exemples illustrés avec les deux exercices vidéos suivants.
Circuit mise en route trois gardiens (20 minutes) :
Exercices compétition relances après travail cognitif et deux phases de jeu enchaînées :
Voici un exercice au cours duquel le gardien en situation doit protéger son but dans un premier temps sur les différentes frappes (4 sources de balle) puis relancer à destination de cibles identifiées dans un second temps.
Points attribués :
Sur les côtés :
-2 buts renversés comptabilisant 10 pts chacun
Dans l’axe :
-À environ 25 mètres de la ligne de but, toucher les 2 planches à rebonds = 5 pts
-À environ 30 mètres de la ligne de but, envoyer le ballon dans le filet = 20 pts
-À environ 35 mètres de la ligne de but, relancer dans la cage mobile = 1 pt

-> RENDEZ-VOUS SUR LE SITE INTERNET DE L'UNECATEF POUR ADHÉRER

De son travail d'analyste vidéo avec Thibaut Courtois, aux exigences tactiques et techniques d'un gardien moderne, Thierry Barnerat décrypte ce poste en constante évolution.

Intervenir sur les centres adverses et relancer offensivement sur un partenaire pour la transition, tel est l'objectif de cet exercice spécifique gardien. Limpide et structurant !

Plonger, se relever, couper les angles, relancer et soigner les prises de balle, c’est le programme proposé aux jeunes gardiens au cours de cet exercice simple et très complet.

