Avant sa demi-finale de Coupe de France contre Reims, le coach de l’AS Cannes (N2) revient sur son parti-pris défensif du marquage individuel. Un choix risqué, mais assumé.
Aujourd’hui l’immense majorité des équipes défendent selon les préceptes de la défense de zone. Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à privilégier l’option du marquage individuel ?
Lorsque je suis arrivé à Cannes et que j’ai dressé l’état des lieux (l’AS Cannes stagnait alors dans le bas du tableau de son championnat de National 2 ndlr), je me suis dit que si l’on faisait tout comme les autres, nous aurions du mal à élever notre niveau. L’idée m’est très vite venue selon laquelle il fallait inventer ou du moins avoir recours à quelque chose d’autre pour tirer le meilleur du groupe.
Quitte à casser les codes ?
Précisément parce que je voulais casser les codes… Cela fait trente ans maintenant que toutes les équipes évoluent avec une logique de défense de zone. Aujourd’hui la plupart des joueurs sont complètement étrangers au concept du marquage individuel. Or, je suis convaincu qu’une des façons de poser des problèmes à une équipe adverse consiste à l’emmener dans des configurations auxquelles elle n’est pas préparée ou habituée. Par ailleurs, je suis arrivé à un point de ma carrière où j’aspire à faire pratiquer à mon équipe le football que j’aime. Or, j’aime la générosité, le jeu vers l’avant, l’intensité. Des qualités que l’on retrouve dans les animations du marquage individuel. Au regard de tous ces éléments cette façon de procéder s’est imposée d’elle-même.
"Aujourd’hui, l’immense majorité des coachs envisagent le jeu au travers de la possession et du jeu de position. C’est le syndrome Guardiola en quelque sorte"
Est-ce que vos joueurs ont été surpris lorsque vous leur avez exposé votre projet…
Disons plutôt qu’ils ne s’y attendaient pas. Aujourd’hui, l’immense majorité des coachs envisagent le jeu au travers de la possession et du jeu de position. C’est le syndrome Guardiola en quelque sorte. Je suis admiratif de ces équipes mais pour ce qui me concerne, je me suis dit : "Reste toi-même, fais ce que tu aimes !". Les patterns de sortie de balle, je connais, on en fait, mais ce n’est pas ce qui guide ma réflexion. Mon ambition est que mes joueurs récupèrent les ballons tandis que l’équipe adverse déforme son bloc-équipe pour attaquer. Et pour moi, la solution la plus claire et la plus facile à mettre en place se résume en une phrase : "A la perte de balle, c’est "1 contre 1" sur tout le terrain."
Est-ce que vos joueurs connaissent l’identité de leur adversaire du jour avant le match ?
Non, c’est le jeu et l’action en cours qui décident de "qui sera au marquage de qui ". Ce qui prime dans le courant du match n’est pas tellement la notion de marquage individuel mais plutôt celle de contre-pressing. Le joueur qui vient de perdre le ballon ou son partenaire le plus proche du ballon doit basculer sur un mode défensif instantanément en faisant l’effort de cadrer le porteur du ballon immédiatement. Par ailleurs, il faut souligner que la récupération du ballon est toujours collective même si elle s’appuie sur des prises en charge individuelles. Dans cette idée, ce n’est donc pas forcément celui qui fait l’effort le plus important qui récupère le ballon mais bien souvent son partenaire. Au-delà de l’aspect tactique, c’est la dimension mentale qui importe.
Justement, n'est-ce pas dangereux de baser son projet de jeu sur l’implication mentale des joueurs, celle-ci pouvant fluctuer d’un match à l’autre ?
Toutes les options tactiques présentent des avantages et des inconvénients. Coacher, c’est accepter de composer avec les uns et les autres. Dans le cas présent, miser sur le marquage individuel revient à accepter de prendre des risques calculés, en partant du postulat que tes joueurs ne vont pas lâcher et qu’ils iront au bout de l’effort pour compenser la course oubliée du partenaire ou pour couvrir un espace dont ils n’ont pas la charge initialement. C’est également admettre l’idée que nous serons mis en difficulté lorsqu’un de nos joueurs se fera éliminer et même que nous encaisserons des buts que la défense de zone aurait pu empêcher. Le tout est de savoir ce que nous gagnons en contrepartie en acceptant ce risque. Pour l’heure la balance entre les effets positifs et négatifs penche très nettement du bon côté.
"Ce qui prime dans le courant du match n’est pas la notion de marquage individuel mais plutôt celle de contre-pressing"
Dans cette optique de sacrifice au profit de l’équipe, le profil des "artistes", plus enclins à attaquer qu’à défendre, doit vous poser un problème insoluble ?
Pour moi, le bon joueur c’est celui qui s’inscrit dans le projet collectif. Mais vous savez, la différence entre les manieurs de ballon et ce qu’on appelait hier les "porteurs d’eau" s’est considérablement réduite. Aujourd’hui, même les "artistes" intègrent que plus ils récupèrent vite le ballon et plus ils sont en situation d’attaquer. Et à cet égard, je ne connais pas de joueur qui ne va pas aller vers ce qui lui permet de prendre plaisir et de l’emporter. Maintenant, si un joueur ne fait pas l’effort et qu’il met l’équipe en péril, sa place ne peut plus être sur le terrain. Auquel cas, ce n’est pas moi qui le sors, c’est lui qui se met sur le banc tout seul.
Que se passe-t-il lorsque vous avez été décalé et que pas un seul de vos joueurs ne peut sortir sur le porteur de balle "dans le temps de passe" ?
On change de logique avec la mise en place de compensations visant à opposer un bloc-équipe compact. Bien souvent, ma sentinelle est alors chargée de rééquilibrer l’équipe jusqu’au moment où nous sommes en place et que nous pouvons repartir sur du marquage individuel avec le joueur le plus proche du ballon. Le grand principe est que nous ne sommes plus dans une logique "géographique" d’occupation de l’espace mais qu’au contraire nous cherchons à imposer un rapport de force individuel et personnel lors des phases défensives. C’est le cœur de la réflexion en fait !
"Ce parti-pris du "1 contre 1" ne vaut qu’à partir du moment où chaque ballon récupéré représente une opportunité de jouer vers l’avant"
Matchs de championnat de National 2 et demi-finale de Coupe de France, même combat et mêmes options défensive à la perte de la balle ?
Bien sûr, pourquoi devrions-nous changer une animation qui donne satisfaction ? Lorsque nous avons tiré Grenoble (Ligue 2) en Coupe de France (32ème de finale ndlr) quelques leaders du groupe étaient venus me trouver pour me demander si nous allions conserver les mêmes animations défensives. Lorsque je leur répondu que oui, je crois bien qu’ils m’ont pris pour un fou. Et ça a marché ! Même chose contre Lorient (L2) lors du tour suivant. Et nous sommes passés ! Contre Guingamp (L2) en quart-de-finale, ce sont les joueurs eux-mêmes qui ont envoyé des émissaires pour me demander de ne surtout rien toucher ! Ils n’ont pas eu beaucoup à insister… Aujourd’hui alors que nous nous apprêtons à disputer la demi-finale contre une équipe de Ligue 1, je sens de la concentration, de l’excitation mais pas de crainte ou d’incertitude quant aux choix tactiques et au plan de jeu.

Est-ce que l’élément de surprise joue en votre faveur selon vous ?
Si je prends le cas de Grenoble, Lorient et Guingamp, pensionnaires de Ligue 2, oui, je crois qu’ils ont été un peu déstabilisés. Ou, en tout cas, qu’ils ne sont pas parvenus à régler le problème collectif que nous leur avons posé. Mais je veux préciser que ce parti-pris du "1 contre 1" sur les phases défensives ne vaut qu’à partir du moment où chaque ballon récupéré représente une opportunité de jouer vers l’avant. Nous ne nous sommes pas recroquevillés. Au contraire, nous avons eu toujours eu l’intention de les "agresser", en imposant de l’intensité dans tous les coins du terrain. Je crois que la clé de ces matchs a tenu tout autant à la façon que nous avons eu de défendre qu’à la manière dont nous avons cherché à attaquer nos adversaires. Est-ce que ce sera la même chose contre Reims qui évolue en Ligue 1 ? Je l’ignore, mais je suis impatient de voir quel plan de jeu ils vont nous proposer.
En toute logique, vous devriez vous faire malmener…
Oui certainement dans la mesure où leurs individualités sont bien plus fortes que les nôtres. Raison de plus pour nous appuyer sur un projet de jeu faisant le pari de l’investissement et de l’intensité de mes joueurs. J’ignore quel sera le résultat, mais je sais sur quelles qualités nous allons nous appuyer pour essayer de passer ce tour.
Voyez-vous des animations offensives spécifiques susceptibles de vous poser problème ?
Oui, j’en vois et bien sûr je n’en parlerai pas. Que ce soit en coupe ou en championnat, c’est aux coachs adverses de trouver les solutions… En tout cas, ce qui est sûr, c’est que nous allons tout faire pour leur compliquer la vie !

Stéphane Ehrhart, l’homme de l’ombre du projet Cannois
Validé par le parcours des hommes de Damien Ott en Coupe de France, le projet cannois repose également sur des hommes de l’ombre. Ainsi, au rayon des architectes et autres charpenteurs de l’édifice cannois, il s’agit de relever l’impact du coordinateur sportif Sébastien Perez ainsi que celui de Stéphane Ehrhart. Ce dernier, salarié de l’UEFA depuis 2015, intervenant à plusieurs niveaux : "J’ai été missionné par le directeur général pour définir et mettre en place la stratégie sportive du club". Une fiche de mission comprenant notamment la définition du projet sportif en lien avec les objectifs du club, que le consultant précise : "Après avoir fait une étude poussée des critères de succès des dix dernières saisons en National 2, nous avons proposé un projet sportif en lien avec ces critères et les ambitions des nouveaux propriétaires. Le rôle du coach est de faire performer l’équipe chaque semaine, le mien consiste à mettre en place des process et des outils permettant de bien structurer la partie sportive et à garder le cap. Au quotidien, j’accompagne Sébastien Perez sur la mise en place de ce projet sportif, la construction et la gestion de l’effectif, le recrutement ou la gestion des datas." Ainsi, peu à peu, en associant les compétences, le club azuréen semble en passe de se repositionner à un rang plus conforme à son histoire.
Ott, membre du comité directeur de l'UNECATEF
Quelles raisons ont poussé le coach varois à adhérer à l’UNECATEF et rejoindre son comité directeur ? "La principale est que je suis assez proche de Philippe Montanier qui fait partie du comité directeur depuis quelques temps déjà. En discutant avec lui, j’ai réalisé que rejoindre l’UNECATEF était une manière naturelle de privilégier le partage d’expérience avec les collègues entraineurs et éducateurs. Le fait d’adhérer au syndicat permet au signataire de créer, entretenir et renouveler un réseau avec lequel parler football. Et ça, ça n’a pas de prix selon moi."

Des formats réduits pour plus de contacts avec le ballon et un engagement moteur supérieur, la saison 2026-2027 sera celle de la réforme du football des plus jeunes en Angleterre.

Changement de braquet au Canada pour les clubs avec l’obligation faite d’accueillir tous les jeunes licenciés de 9 à 12 ans de soccer, sans distinction de niveau.

Alors que son 4-3-3 est dominé par le 4-2-3-1 de Pochettino et que les Gunners sont menés 2-0, Emery opère un réajustement tactique payant. Saurez-vous trouver lequel ?