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Bertrand Reuzeau, directeur de la formation du Montpellier HSC et nouveau Président de l'UNECATEF, le syndicat des entraîneurs de football / © Icon Sport

Après des expériences à Sochaux, Paris et Monaco, l’actuel directeur du centre de formation de Montpellier et président de l'UNECATEF revient sur l'évolution du métier.

Le métier de formateur a-t-il beaucoup évolué depuis vos débuts à la formation, il y a plus de 25 ans ?

La société, les mentalités et le football bien-sûr ont évolué… Et, par conséquent, les joueurs et les entraîneurs aussi. Mais une chose ne change pas : la qualité principale du formateur reste sa capacité d’adaptation à ces évolutions, que ce soit en matière d’approche pédagogique, de méthode d'entraînement ou de management.

 

En quoi le contexte est-il différent aujourd’hui ?

Je trouve que depuis une dizaine d'années, les joueurs et les staffs sont dans une démarche plus individualiste. Le club est trop souvent appréhendé comme une étape ou un palier vers un autre projet. Or, être formateur est avant tout une vocation, qui réclame de la passion et un investissement total, avec l’envie de transmettre aux jeunes. Autre différence notoire, l’approche pédagogique avec les joueurs. De nos jours, on ne peut plus répéter de longues séances parfois rébarbatives car les jeunes ont besoin d'être intéressés et de comprendre pourquoi on leur demande de faire tel ou tel exercice. Ils veulent donner du sens à leurs efforts.

 

On voit beaucoup d'anciens pros s’essayer à la formation, sans toujours y rester...

Pour moi, la carrière de joueur n'a jamais été un critère déterminant pour devenir un bon formateur, même si cela peut représenter naturellement un bagage supplémentaire. En revanche, il faut apprendre à se méfier de ceux qui utilisent la formation pour effectuer leurs gammes avant de rebasculer le plus vite possible vers le monde pro. Être formateur, c'est un vrai métier. Avec une priorité : les diplômes, car les formations en France sont très efficaces. Ensuite, vient la motivation, l'âme de formateur et cette fameuse vocation dont je parlais.

 

Les staffs se sont étoffés, avec de plus en plus de spécialités, de diplômes... Cela a-t-il entraîné une amélioration de la qualité de la formation ?

Lorsque j'ai débuté à Sochaux, en 1997, il y avait un éducateur et un entraîneur des gardiens qui géraient tout de A à Z ! Le développement des staffs, avec l'apparition de pôles médicaux et de performance, est maintenant un vrai progrès, qui permet de limiter les erreurs et de se montrer beaucoup plus pointu notamment dans le travail individuel.

 

« Les forces de la formation française ? Diversité de jeunes et variété dans l’action de formation, d’un club à l’autre »

 

L'émergence de profils plus universitaires, que ce soit à la formation mais aussi chez les pros, à l’image de Pierre Sage, par exemple, est-elle une bonne chose pour notre football ?

Il est toujours intéressant de pouvoir s'appuyer sur des personnes compétentes. A partir du moment où un éducateur est capable de mettre en place un projet avec une vraie méthode, peu importe que son parcours soit considéré comme classique ou atypique. Seule la qualité de son travail doit faire l’objet d’une évaluation objective, indépendamment des résultats.

 

A Benfica, chaque équipe à la formation est encadrée par un binôme : un formateur avec une expérience terrain, ancien joueur de haut niveau, associé à un profil universitaire. Qu'en pensez-vous ?

On retrouve aussi souvent cela en France. Cela me semble être tout à fait complémentaire. Après, je ne vois pas l’intérêt de copier les spécificités de nos voisins si l'on n'est pas en capacité de le faire. Je crois que nous devons nous inspirer de ce qui se fait de mieux, certes, tout en conservant le modèle qui a fait de la formation française une référence mondiale.

 

Comment définiriez-vous ce modèle justement ?

Sa force réside dans la grande diversité de jeunes qui peuplent nos académies et dans la variété dans l’action de formation, d’un club à l’autre. Vous trouvez des organisations, des méthodologies d'entraînement, des stratégies différentes. C’est cette mixité qui nous enrichit et nous rend si performants.

 

« Le turnover des entraîneurs du monde pro s'est propagé à la formation et je trouve cela dangereux »

© Montpellier Hérault Sport Club

Beaucoup de variété mais aussi beaucoup de turnover dans les staffs... A-t-on encore le temps de faire progresser les joueurs ?

Le turnover des entraîneurs du monde professionnel s'est propagé à la formation et je trouve cela effectivement dangereux. Pour mettre en place un projet qui porte ses fruits, il faut au minimum 4 à 5 ans. D’où la nécessité de faire confiance aux responsables des centres car bien former requiert de la patience.

 

Les gens ne le savent pas toujours mais en parallèle de votre fonction de directeur de la formation à Montpellier, vous êtes aussi depuis quelques mois le nouveau président de l’UNECATEF, le syndicat des entraîneurs pros et amateurs. Avec quel objectif ?

Celui de garantir un cadre sécuritaire pour les coachs, défendre leurs intérêts et accompagner ceux qui se trouvent en difficulté ou sans emploi afin de les aider à progresser et à rester dans le système.

 

Un exemple d’action mise en place récemment ?

Nous sommes en train d’organiser des masterclass régionales afin de regrouper ceux qui ont envie de travailler l'anglais technique. D'autres suivront sur les rôles de directeur technique, sur le management, etc. On réfléchit aussi à la création d'une antenne pour aider les entraîneurs qui ont des difficultés psychologiques ou mentales de sorte qu'ils puissent être accompagnés par des professionnels.

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