Bertrand Reuzeau, le Président de l'UNECATEF, était le directeur du centre de formation de Montpellier jusqu'à la fin de la saison 2025-2026 / ©MHSC Foot

À mi-parcours de son mandat à la tête de l’UNECATEF, le président Bertrand Reuzeau, dresse un premier bilan et fait le tour des dossiers du Syndicat avec clarté et conviction.

Quel regard portez-vous sur vos deux premières années à la tête de l'UNECATEF ?

Bertrand Reuzeau : Le temps est passé très vite, mais le travail accompli est considérable. Des audits approfondis, juridiques et financiers, nous ont permis d'instaurer une nouvelle philosophie de travail, de réorganiser notre fonctionnement et de prendre les décisions fermes indispensables pour insuffler un nouvel élan. Nous avons d’ailleurs repensé notre programme historique « Dix mois vers l'emploi » (DMVE) pour créer un nouveau Catalogue des Formations, articulé autour de MasterClass et de Webinaires afin de répondre aux besoins réels des entraîneurs. Le tout en gardant toujours à l'esprit que la vocation première de l'UNECATEF est de porter la voix de ses adhérents, de les accompagner dans leur évolution professionnelle et de veiller au respect de leurs droits.

 

Comment évoluent vos relations avec les instances du football français ?

Après quelques divergences initiales sur l'interprétation des statuts fédéraux, la situation est pleinement assainie. Aujourd'hui, l'UNECATEF siège de manière très active au sein de l'ensemble des commissions de la FFF, de la LFP et de la LFFP. Nous participons régulièrement aux échanges avec les partenaires sociaux et les instances, ce qui nous permet d'être une force de proposition reconnue. Ce travail de fond porte ses fruits : nous venons de signer des conventions de quatre saisons avec la FFF et la LFP. De plus, à leur demande, nous avons œuvré sur les conventions collectives de la Ligue 3 et du football professionnel féminin.

 

"Comment accepter une telle différence de traitement entre les staffs de la Ligue Féminine et leurs homologues masculins de Ligue 3 ?"

 

Qu’en est-il des négociations concernant ces deux conventions collectives ?

Les résultats sont diamétralement opposés. C’est une grande satisfaction concernant la Ligue 3, dossier majeur de la saison écoulée. Malgré un calendrier serré, les échanges avec les partenaires sociaux ont débouché sur un texte novateur qui valide une véritable reconnaissance des staffs techniques, des exigences de diplômes et des minima de rémunération cohérents. En revanche, c'est une énorme déception pour le football professionnel féminin : en l’état, il nous a été impossible de signer la convention collective.

 

Pourquoi ce blocage sur le football féminin ?

En raison d'une divergence persistante sur les exigences minimales de diplômes pour l'Arkema Première Ligue et la Seconde Ligue. Notre conviction est profonde : les techniciens qui encadrent des joueuses professionnelles doivent disposer de qualifications de haut niveau : BEPF pour les principaux, BEF pour les adjoints, CEGB Pro pour les gardiennes. L'égalité hommes-femmes est un principe fondamental. Comment accepter une telle différence de traitement entre les staffs de la Ligue Féminine et leurs homologues masculins de Ligue 3 ? Pour performer, un encadrement hautement qualifié est obligatoire. C'est précisément ce que font les grandes nations mondiales qui sont en train de nous dépasser. Pourtant, nous avions proposé des solutions pragmatiques, incluant des dérogations progressives jusqu'au 1ᵉʳ juillet 2029 pour l'obligation du BEPF, voire du CEGB Pro.

 

Trouvez-vous que la fonction d'entraîneur soit reconnue à sa juste valeur ?

Non. On parle beaucoup de Didier Deschamps, Luis Enrique, Patrick Videira ou Julien François tant leur rôle est déterminant. Mais qui prend réellement conscience de leur part dans la performance ? La réussite d'un club repose sur une alchimie entre un président, un entraîneur et un projet sportif. Il faut remettre le technicien au cœur du projet et lui donner du temps. À l'inverse, voir des entraîneurs très compétents comme Christophe Pélissier ou Olivier Pantaloni subir des interruptions de parcours malgré des résultats, rappelle combien ce métier demeure fragile, instable, et soumis à des décisions politiques.


"Lors de la Coupe du Monde, 99 joueurs sont nés et ont été formés en France. C'est une formidable démonstration de l'excellence de notre modèle"
 

Quels sont les défis majeurs des techniciens français aujourd'hui ?

Le métier se complexifie. Si la mondialisation des bancs est une réalité du haut niveau, je regrette le manque de reconnaissance dont souffre parfois l'entraîneur français sur son propre sol, notamment avec la multiplication des clubs sous pavillon étranger qui tendent à marginaliser les compétences locales. Pourtant, notre savoir-faire est incontestable. Lors de la Coupe du monde, pas moins de 99 joueurs sont nés et ont été formés dans des clubs français. Derrière cette réussite, il y a le travail considérable des directeurs de centres de formation, des éducateurs et des entraîneurs. Notre grand défi réside désormais dans le « faire savoir ». Nous devons mieux communiquer, mieux valoriser notre expertise et expliquer nos projets de jeu.

 

Comment l'UNECATEF intègre-t-elle la notion de staff, y compris dans le monde amateur ?

La première étape essentielle est leur reconnaissance statutaire et officielle. C'est une immense avancée que nous avons actée dans la convention de la Ligue 3 et que nous comptons bien dupliquer. Nous avons également affirmé un principe simple mais essentiel, "une équipe, un éducateur diplômé", qui nous paraît fondamental pour la protection du métier, pour la qualité de l’encadrement et pour la sécurité de tous les pratiquants. L'UNECATEF, contrairement à certaines idées reçues, n'est pas le Syndicat exclusif d'une élite. La défense des éducateurs et entraîneurs du football amateur représente la majeure partie de notre activité quotidienne et c’est une fierté.
 

Quel premier bilan tirez-vous des nouvelles MasterClass ?

La formation continue est essentielle. Ce format moderne axé sur des thématiques ciblées (anglais, santé mentale, employabilité, data, expatriation) et porté par des intervenants expérimentés insuffle un élan très positif. En délocalisant ces événements, nous offrons une formule de proximité précieuse pour les entraîneurs en poste comme pour ceux sans club et les retours sont excellents. Des techniciens comme Oswald Tanchot, David Guion, Corinne Diacre ou Arnauld Mercier illustrent parfaitement l’intérêt de ces formats, qui ont réuni 128 participants sur 10 MasterClass au cours de la saison 2025-2026. Nous négocions d'ailleurs avec France Travail pour qu'elles soient reconnues comme des démarches actives de recherche d’emploi.

 

"Toutes les familles du football et du sport doivent être représentées dans les instances dirigeantes"

 

Quels sont les grands chantiers d'ici la fin de votre mandat ?

À très court terme, il y a un enjeu crucial : la proposition de loi sur la gouvernance du sport, qui arrive en commission mixte paritaire. Nous travaillons en réseau avec de nombreuses organisations (LFP, UAF, FEP, FNASS…) pour insister auprès des parlementaires : toutes les familles du football et du sport doivent être représentées dans les instances dirigeantes. On ne peut pas imaginer le sport sans associer les techniciens du terrain. Parallèlement, nous allons étoffer notre Catalogue de Formations, renforcer notre maillage territorial et notre équipe interne. Enfin, nous allons resserrer nos liens avec l’UNCTF, car les cadres techniques sont indispensables au développement de la pratique et à la formation des éducateurs sur tout le territoire.

 

Un message de conclusion pour les éducateurs et entraîneurs qui nous lisent ?

Dans notre écosystème ultra-concurrentiel et instable, la solidarité et la corporation ne sont pas de vains mots : ce sont des boucliers. J'invite chaque technicien à prendre conscience qu'appartenir à un mouvement fort comme l'UNECATEF est le meilleur moyen de se protéger, de se valoriser et de ne pas rester seul. Le football est un univers passionnant, mais dur humainement. Plus nous serons unis, plus nous serons forts pour défendre notre place dans le football français.

 

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