"La clé du football moderne réside avant tout dans la vitesse de traitement de l'information !" Voici le constat fait par la Norvège en 2014, au moment de lancer une grande révolution de sa politique de formation. Finies les méthodes traditionnelles et l'exil précoce des jeunes talents. À cette époque, la fédération crée la Landslagsskolen (l'école de l'équipe nationale) et son réseau de 1 500 éducateurs formés et répartis sur tout le territoire pour encadrer les meilleurs 12-16 ans du pays au sein de leurs clubs. "C’est un modèle unique, décrit Haakon Grøttland, le directeur du développement depuis treize ans dans So Foot. On a fédéré ce réseau pour détecter les talents, les suivre et leur permettre de se développer dans des conditions optimales, tout en favorisant leur épanouissement personnel car un gamin de 12 ans n’est pas armé pour vivre loin de chez lui."
"Entraîner le cerveau et les capacités cognitives en permanence, car le football est un sport d’intelligence"
Piochant des inspirations en Belgique et en Espagne tout en s'appuyant sur la recherche scientifique, la Norvège a opéré un grand reset de sa méthodologie en l’axant sur trois leviers : l'empowerment, la créativité et l'intelligence de jeu. "Les joueurs doivent lire le jeu et chercher des espaces tout le temps, détaille Haakon Grøttland. Pour cela, il faut créer un environnement et des situations de jeu stimulantes. Notre objectif est d’entraîner le cerveau et les capacités cognitives en permanence, car le football est un sport d’intelligence".
Le scanning au cœur du système
Un virage scientifique également impulsé par le chercheur Geir Jordet, ponte mondiale de l'"expertise perceptive" depuis les années 2000. Ses travaux pionniers sur le scanning (ce fameux mouvement de la tête et du corps pour s'informer avant de recevoir le ballon) ont prouvé que sur un terrain de foot, la différence se fait dans la capacité à multiplier les prises d'informations. Une conviction renforcée et incarnée dès son plus jeune âge par un certain Martin Ødegaard et qui est régulièrement alimentée par un pôle de chercheurs de l'université d'Oslo... Et qui semble porter ses fruits quatorze ans plus tard, avec à la clé l'éclosion d'une génération talentueuse, le premier quart de finale de la nation scandinave en Coupe du monde et les performances européennes remarquées de clubs comme Bodø/Glimt.