Un même exercice peut faire progresser ou... perdre du temps. Tout dépend de la pédagogie utilisée selon le contexte, l'âge et les objectifs, développe le formateur de Soccer Québec.
Concevoir un plan de séance implique de nombreuses décisions. Je compare souvent cela à une bouteille : il faut penser au contenu — ce que le technicien veut transmettre aux joueurs et joueuses — mais aussi au contenant. Le contenant, c’est la manière dont celui-ci veut véhiculer ton message : la pédagogie. La qualité de l’entraînement ne repose pas uniquement sur tes connaissances, bien qu’elles soient essentielles, mais dépend aussi du choix des exercices et de la capacité du coach à adapter son style d’intervention en fonction des besoins du moment.
Derrière chaque exercice, chaque consigne et chaque question se cache une intention pédagogique. C’est cette intention — souvent invisible — qui structure réellement l’apprentissage. Trop souvent, on se concentre sur le contenu de la séance, alors que c’est la manière de l’enseigner qui détermine ce que les joueurs retiennent et développent.
Comment choisir la bonne pédagogie ?
Mais alors, quelle pédagogie choisir ? La réponse dépend du contexte : l’âge des joueurs ou joueuses, le moment de la saison, les objectifs de la séance, etc. Avant même d’y répondre, il est utile de s’appuyer sur le cadre théorique de Muska Mosston et son Spectrum of Styles d’Enseignement, qui identifie 11 styles d’enseignement selon le degré de contrôle laissé au joueur.
Ces styles ne s’opposent pas : aucun n’est meilleur qu’un autre. L’enjeu est de choisir le bon style au bon moment. Là où un entraîneur débutant utilise souvent un nombre limité de styles, un entraîneur expérimenté varie ses interventions de manière intentionnelle. En soccer, il n’existe pas une seule bonne façon d’enseigner : chaque approche répond à un objectif précis et influence différemment l’apprentissage.
Il est important de distinguer trois éléments souvent confondus : l’exercice, la pédagogie et le style d’enseignement. Un exercice n’est pas une pédagogie en soi.

Quelles sont les grandes pédagogies ?
Les différentes pédagogies en football (soccer) peuvent être mises en relation avec ce spectre. Certaines, comme ce que j’appelle une pédagogie d’exécution, reposent sur des consignes claires et de la répétition afin de développer rapidement des bases techniques ou psychomotrices solides. Elles sont efficaces, mais utilisées seules, elles limitent la prise de décision.
À l’inverse, la pédagogie tactique et la pédagogie par le jeu placent les joueurs et joueuses dans des situations proches du match. Elles favorisent la compréhension du jeu, la lecture des situations et l’intelligence collective. Si les situations sont mal adaptées, le nombre de répétitions diminue. L’enjeu est donc de modéliser le jeu pour augmenter les répétitions tout en conservant son réalisme.
Les approches centrées sur le joueur, comme la découverte (résolution de problèmes) ou le questionnement, développent la réflexion, la créativité et l’autonomie. Elles demandent toutefois plus de temps et une bonne maîtrise de l’intervention.
La pédagogie par contraintes s’inscrit dans cette logique : en modifiant l’environnement (règles, espace, nombre de joueurs), le coach influence les comportements de manière implicite. Enfin, des approches comme la pédagogie différenciée, active ou coopérative permettent d’adapter l’apprentissage aux besoins des joueurs tout en renforçant leur engagement.
Un même exercice peut être pertinent ou inefficace selon la manière dont il est encadré et vécu par les joueurs
Une séance qui repose sur une seule pédagogie limite souvent l’apprentissage. C’est la combinaison intentionnelle de plusieurs approches, en fonction des objectifs et du profil des joueurs, qui permet de le maximiser. Certaines approches théoriques aident à structurer les séances : le constraints-led (Karl Newell), le « Teaching Games for Understanding » (Rod Thorpe), le constructivisme (Jean Piaget) et le behaviorisme (B. F. Skinner). Ces approches expliquent comment les joueurs apprennent, alors que les styles d’enseignement concernent les modes d’intervention. Les premières guident la conception de la séance, les seconds sa mise en œuvre.
Beaucoup de séances échouent non pas à cause du contenu proposé, mais à cause d’un choix pédagogique inadapté. Un même exercice peut être pertinent ou inefficace selon la manière dont il est encadré et vécu par les joueurs.
Et sur le terrain ?
-Pédagogie d’exécution : dans ma pratique, j’utilise souvent une pédagogie d’exécution en début de séance pour travailler des gestes techniques par répétition, avec des consignes claires et un encadrement directif. Cela permet de poser des bases solides avant d’intégrer ces gestes dans des situations plus complexes avec opposition et prise de décision (voir encadré).
-Pédagogie tactique : lorsque l’objectif est lié à la structure d’équipe ou au modèle de jeu, j’adopte une pédagogie tactique. J’utilise des jeux à effectif réduit ou, dans le lexique canadien, des activités fonctionnelles et des phases de jeu, où les joueurs évoluent à leur poste dans un contexte représentatif du match.
Une phase de jeu réduit généralement la profondeur (3/4, 2/3 ou 1/2 terrain) tout en conservant la largeur complète. Elle permet de travailler une ou plusieurs lignes ainsi que leurs interactions. Un but réglementaire est conservé, tandis que l’équipe adverse attaque une finalité adaptée.
À l’inverse, une activité fonctionnelle réduit à la fois la profondeur et la largeur. Les lignes deviennent incomplètes, mais cela permet de cibler plus précisément certaines relations entre joueurs. L’objectif est d’augmenter la fréquence des répétitions dans un contexte spécifique.
-Jeux à contraintes et découverte : pour travailler des principes généraux, j’utilise fréquemment des jeux avec contraintes. Ces situations, proches du match, orientent les comportements tout en conservant une dimension ludique. L’enjeu est de préserver le réalisme du jeu.
Selon les objectifs, je navigue entre différents styles : commandement, découverte guidée, découverte convergente ou divergente. En découverte convergente, je propose un problème orienté vers une solution sans la donner directement. En découverte divergente, plusieurs solutions sont possibles, ce qui favorise la créativité. Le questionnement devient alors un outil central. Bien utilisé, il augmente l’engagement cognitif. Ainsi, plutôt que d’imposer une solution, je peux proposer un défi (exemple : ne jamais être sur la même ligne que ses partenaires) et laisser les joueurs explorer avant d’intervenir.
Un exemple simple permet d’illustrer cette logique. Dans un espace d’environ 40 x 30 mètres, on organise un jeu en 4 contre 4 avec deux jokers offensifs et une cible à atteindre. La consigne est ouverte : trouver différentes façons de progresser vers l’avant. Tu observes et questionnes pour encourager la variété des solutions.

Ce même exercice peut ensuite évoluer. En ajoutant une contrainte, comme limiter l’axe central, tu amènes les joueurs à chercher une solution plus efficace. Puis, tu peux intervenir de manière plus directive pour stabiliser les apprentissages, en démontrant par exemple l’utilisation d’un joueur en appui. À partir d’un même exercice, on passe ainsi d’une phase d’exploration à une phase d’orientation, puis à une phase de structuration. Cet exemple montre que ce n’est pas l’exercice qui détermine l’apprentissage, mais le choix pédagogique.
Quel rôle pour le coach ?
La pédagogie ne se limite pas à une méthode, elle repose sur des choix intentionnels. Un entraîneur efficace ne cherche pas une seule bonne façon d’enseigner : il adapte ses interventions en fonction du contexte, des joueurs et de ses objectifs. Il sait quand être directif pour structurer, quand guider pour orienter et quand laisser les joueurs explorer.
Au final, entraîner, ce n’est pas seulement transmettre du contenu. C’est créer un environnement qui permet aux joueurs de comprendre le jeu et d’y devenir autonomes. C’est dans cette capacité d’adaptation que se construit la qualité de ton intervention. Ce n’est pas la séance qui fait progresser le joueur ou la joueuse, mais les choix pédagogiques qui la rendent vivante.
Exemples d’exercices :
Travail technique en pédagogie d’exécution (début de séance) :

Organisation : espace de 30 x 30 m divisé en 4 zones, avec 3 à 4 joueurs par zone.
Déroulement : séquences de passes avec mobilité (passer et bouger), puis atteindre un nombre de passes avant de changer de zone. Lors du changement, jouer vers un joueur éloigné, idéalement en une touche. Progression vers des enchaînements à une touche (appui – soutien – appel).
Intervention : consignes précises sur la qualité technique (passe, orientation, timing).
Intention pédagogique : automatiser des gestes techniques dans un cadre structuré.
Travail en pédagogie tactique (milieu ou fin de séance) :

Organisation : jeu à effectif réduit avec positions respectées (ex. 9v9), systèmes de jeu réalistes, terrain adapté pour cibler une phase de jeu.
Déroulement : travail sur les rôles et les interactions entre joueurs dans un contexte proche du match.
Intervention : alternance entre consignes directes et questionnement pour clarifier les repères.
Intention pédagogique : développer la compréhension collective et les comportements liés au modèle de jeu.
Jeu à contraintes en pédagogie de découverte (introduire un nouveau principe, milieu de séance) :

Organisation : terrain en 3 zones avec supériorité dans la zone de départ (4 v 3), infériorité dans la zone finale (3 v 4) et zone centrale réduite avec 2 jokers (jeu limité).
Déroulement : les joueurs doivent progresser d’une zone à l’autre en s’adaptant aux contraintes.
Intervention : peu de consignes au départ, puis questionnement pour guider la réflexion.
Intention pédagogique : amener les joueurs à découvrir une solution de jeu (progression vers l’avant) dans un contexte contraint.

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