Le responsable du développement technique à Soccer Québec revient sur leur nouvelle périodisation des sport-études, centrée sur une meilleure gestion de la charge de travail.
Depuis cette année, vous avez fait évoluer votre programme sport-études. Qu’est-ce qui a motivé cette réflexion ?
La motivation principale, c’était la gestion de la charge de travail des 2 800 joueurs de 13 à 17 ans qui évoluent dans ces programmes, majoritairement au sein des meilleures ligues de la province. On s’est rendu compte que certains jeunes pouvaient accumuler jusqu’à 10 à 12 séances de haute intensité par semaine, simplement parce que le programme sport-études et le club ne communiquaient pas entre eux. En collaboration avec l’Institut national du sport, on a étudié cette réalité et on a établi qu’un joueur ne pouvait pas dépasser une charge cohérente de huit séances hebdomadaires : cinq dans le cadre du sport-études, auxquelles on peut ajouter deux à trois activités club, mais pas davantage.
Qu’avez-vous mis en place concrètement pour mieux encadrer cette charge ?
On a instauré une périodisation annuelle très claire, avec des priorités définies entre le club et le sport-études. Pendant l’année scolaire, de septembre à fin octobre, puis d’avril à fin juin, la priorité est donnée au Club. De novembre à mars, c’est le programme sport-études qui devient prioritaire. Pendant les périodes de priorité club, le sport-études doit réduire sa charge : au maximum deux séances intensives, avec ensuite des contenus plus légers comme la technique, la récupération ou le tennis-ballon. À l’inverse, pendant la période sport-études, le programme peut aller jusqu’à trois séances intensives, tandis que le club est limité à deux activités hebdomadaires maximum. L’objectif est simple : mieux répartir la charge, éviter la monotonie, prévenir la surcharge et permettre à l’athlète d’être performant dans ses deux environnements.
Quels problèmes observiez-vous auparavant chez les athlètes ?
Beaucoup de fatigue, mais aussi des abandons à 16-17 ans. À un moment, cela devenait trop lourd, mentalement comme physiquement. On voyait aussi des situations absurdes : un joueur terminait sa journée sport-études à 15 h ou 16 h, puis restait dans le même complexe pour enchaîner immédiatement avec une séance club. À terme, ce type de fonctionnement entraîne des blessures, de l’usure et une perte de motivation.
"Le modèle japonais m’a beaucoup intéressé, avec deux structures très distinctes, l’une scolaire et l’autre civile, qui coexistent efficacement"
Vous êtes-vous inspiré de modèles étrangers ?
Pas dans une logique de copier-coller, mais oui, certaines réflexions m’ont influencé. Le modèle japonais, par exemple, m’a beaucoup intéressé, avec deux structures très distinctes, l’une scolaire et l’autre civile, qui coexistent efficacement. En France aussi, on retrouve une logique où la semaine est très structurée autour du cadre scolaire, avec un retour au club le week-end pour la compétition. Dans un monde idéal, on pourrait aller vers quelque chose de similaire, mais au Québec, on n’a pas le même réseau de clubs professionnels qu’en Europe. Notre réalité est beaucoup plus communautaire. Il fallait trouver un équilibre adapté à notre contexte, avec une priorité claire : l’athlète.
Avez-vous également modifié les contenus d’entraînement ?
Non, les contenus restent sous la responsabilité des directeurs techniques régionaux. On leur fournit des outils de planification et des référentiels de compétences, mais on ne leur impose pas un contenu précis séance par séance. En revanche, on a clarifié les intentions. L’objectif est de travailler les habiletés individuelles dans une séance collective telles que : les comportements individuels, les relations à deux ou trois joueurs, les triangles, les losanges, la réaction à la perte… L’idée, c’est que le joueur puisse transférer facilement ses acquis vers son club, sans devoir tout réapprendre. On demande aussi des bilans réguliers, trois fois par an, notamment sur les aspects techniques, pour s’assurer que le développement du joueur reste au centre.
Finalement, peut-on dire que vous avez cherché à “travailler moins pour travailler mieux” ?
Exactement. On fait peut-être moins d’activités, mais elles sont mieux structurées. Faire 12 séances intensives dans la semaine, ce n’est pas viable. La qualité baisse, le corps ne suit plus, et le joueur finit par ne plus progresser. Nous, on a donc aussi retravaillé le microcycle : le lundi est pensé comme une journée de récupération, puis la charge est modulée jusqu’au week-end, avec parfois un vendredi plus léger pour préparer les matchs. L’idée, c’est que le joueur soit performant au bon moment, notamment avec son club le week-end.
"Une vision plus globale de l’athlète pour l'éducateur, ce qui est une vraie avancée"
Avez-vous déjà observé des améliorations sur les conditions d’entraînement des jeunes ?
Oui, notamment sur les blessures. J’avais mené un projet pilote dans deux écoles : l’une fonctionnait avec l’ancienne organisation, l’autre avec cette nouvelle approche. Dans le modèle repensé, il y avait très peu de blessures. Dans l’ancien, j’avais en permanence sept à huit joueurs blessés ou en difficulté. Moins de surcharge, c’est plus de présence sur le terrain, et donc plus de progression.
Comment les clubs ont-ils réagi à cette réforme ?
Globalement, très bien. Entre 85 et 90 % des clubs ont adhéré au projet. Il y a toujours une part de résistance, mais le fait de travailler sur des principes plutôt que sur des systèmes rigides aide beaucoup. Cela permet de limiter les écarts entre les environnements et de développer des profils de joueurs compatibles avec les exigences du haut niveau provincial.
Est-ce que cela implique aussi une évolution du rôle des éducateurs dans cet écosystème ?
Oui, clairement. Aujourd’hui, on leur demande davantage d’adaptabilité, mais surtout davantage de communication. Avant, chacun travaillait dans son coin. Maintenant, il faut prendre en compte ce que le joueur fait dans l’autre structure. Si un joueur a disputé un match la veille, on espère qu’il ne sera pas exposé à une séance très intensive le lendemain matin. Cela oblige les éducateurs à avoir une vision plus globale de l’athlète, ce qui est une vraie avancée.
Le rôle du sport-études évolue-t-il dans cet écosystème ?
Oui, mais sa mission reste très claire : former le joueur. Le sport-études n’est pas pensé comme un programme centré sur la performance collective ou sur la recherche du résultat à court terme. C’est avant tout un outil de développement individuel, destiné à faire progresser le joueur, à l’aider à intégrer un meilleur niveau en club ou à accéder aux équipes provinciales.

"Un filet de sécurité pour la détection"
En tant que responsable du développement technique à la Fédération, le rôle de Marco Torrens est de couvrir "l’ensemble du parcours, de 4 ans jusqu’au senior. J’interviens sur tout ce qui touche à la mise en place de programmes, aux structures de compétition et à l’accompagnement des clubs". Avec le secteur haute performance, le responsable de l’ensemble des programmes sport-études du Québec veille également "à ce que ces structures servent de filet de sécurité en matière de détection : si un joueur est passé sous le radar dans son club, le sport-études peut nous permettre de l’identifier".
-> A (re)lire aussi : "Les joueurs du Québec doivent refuser la possession stérile"

Au programme de l'exercice de cette semaine, un jeu de conservation à 3 contre 1 avec l'objectif de trouver un partenaire situé derrière une deuxième ligne de pression constituée de deux adversaires.

Gestion du matériel, de l’effectif ou du temps… Les imprévus auxquels doit s’adapter un coach sont nombreux. Philippe Bretaud donne ses conseils pour faire des contraintes une force.

Comment déséquilibrer un bloc adverse médian-bas ? Pierre Thimonier, le coach du GOAL FC présente une situation et deux variantes enchaînant phases de conservation et finition.

