Adaptations de l’espace, du temps, des consignes et des cibles, ce sont les principales possibilités de remédiations pour animer un atelier. Revue des alternatives envisageables.
Préambule de la rédaction :
"Repérer les problèmes récurrents lors de l’animation d’un atelier et ajuster en conséquence", voici le thème développé dans le cadre du partenariat noué entre VESTIAIRES COACHING et Soccer Québec, à destination de leur programme de formation de base (modules S1, S2, S3 et S7). Dans les faits, un public composé des jeunes entraîneurs entamant leur cursus de formation et des parents désireux d’accompagner les éducateurs en charge de leurs enfants. Les notions développées se cantonnent donc aux basiques pédagogiques et ont surtout vocation à esquisser une méthode permettant aux éducateurs les moins chevronnés de gagner du temps dans l’adaptation des ateliers dont ils ont la charge. Les plus expérimentés y verront peut-être l’occasion d’une révision à bon compte…
Parmi toutes les possibilités se présentant aux éducateurs et responsables de l’école de foot, la séance par ateliers s’avère l’organisation la plus appropriée pour faire travailler un nombre conséquent de licenciés sur un espace restreint. Ainsi, à titre d'exemple, la séance proposée ci-contre permet d'activer 74 enfants sur un seul demi-terrain tout en assurant une activité motrice et cognitive à tous.

La contrepartie étant que chacun des ateliers requiert la présence d’au moins 1 éducateur ou, à minima, d’un intervenant. Un écueil parfois pour les responsables techniques de quelques clubs qui peinent à mobiliser les ressources nécessaires. Plutôt que de renoncer à la mise en place d’une séance supplémentaire, une solution peut alors consister à faire appel aux parents ou aux proches. Les bonnes volontés prêtes à s’investir pour leurs enfants dès lors que l’on fait appel à elles et qu’on leur fournit un minimum de formation en interne. En attendant bien sûr que les plus accrochés fassent le nécessaire pour rejoindre un cursus fédéral.
Adapter un même contenu à des publics différents
Mais en attendant, la grande difficulté se manifeste lorsque des intervenants peu formés et manquant des réflexes pédagogiques appropriés doivent adapter un même contenu à des publics différents. Ainsi dans des séances regroupant différentes catégories d’âge de l’école de foot, des parents ou des très jeunes éducateurs peuvent être démunis pour reformater un espace ou un jeu qui marchait quelques minutes au préalable avec des U11 et qui subitement cafouille avec des U7. Ou inversement. Les arguments et les schémas présentés ci-après visent à donner quelques clés pour permettre à ces ressources non formées de s’adapter et d’assurer l’animation de ces ateliers.
Dans cette perspective, 3 grandes possibilités d’ajustement coexistent :
1- Les remédiations d’ajustement de l’espace
2- Les remédiations d’ajustement du temps
3- Les remédiations d’ajustement des droits des joueurs et/ou des cibles
L’aménagement de l’espace
C’est la composante à laquelle on pense le plus spontanément pour ajuster un exercice. Sans surprise, diminuer ou agrandir l’espace global d’évolution a des effets immédiats. Ainsi, à titre d’exemple, les dimensions d’un carré dans lequel se déroule un toro vont avoir un impact déterminant sur la fluidité ou au contraire le manque de fluidité du procédé. Éloigner les coupelles d’une ligne d’un mètre de chaque côté change le plus souvent la dynamique d’un jeu. Plus les joueurs disposent d’un capital technique important, moins ils auront besoin d’espace pour s’organiser et assurer la circulation efficiente du ballon.

Pour tous les exercices de conservation collective face à des adversaires en sous-nombre, une autre possibilité revient à positionner les joueurs en possession à l’extérieur du carré de conservation et ainsi à gagner de l’espace sans même avoir à déplacer la moindre coupelle. On peut ainsi imaginer que l’animateur de l’atelier demandera aux U8 de se placer à l’extérieur pour disposer de plus d’espace tandis qu’il exigera des U12, si leur niveau technique le permet, qu’ils se cantonnent à l’intérieur du carré.

De la même façon, s’il est inenvisageable ou compliqué de modifier l’espace global, comme pour le procédé C dont une ligne s’appuie sur celle des 16 m 50, on peut aussi composer avec la disposition ou la taille des zones ou des couloirs. Ainsi dans le très classique jeu de la rivière, lorsque les joueurs peinent à réaliser le nombre de passes requis dans leur camp, la zone centrale peut être réduite au profit des deux autres zones. Comme explicité dans l’exemple précédent du jeu du toro, un simple mètre gagné dans la profondeur permet de gagner 12 m² pour l’équipe en conservation, soit 3 m² supplémentaires par joueur. Un ajustement et un gain d’espace collectif et individuel qui ont toutes les chances de modifier positivement la dynamique du jeu.

À défaut de pouvoir modifier la surface totale pour l’adapter à la catégorie ou au niveau des joueurs, une autre possibilité propose de réduire le rapport numérique des oppositions afin d’octroyer un espace supplémentaire et disponible pour chaque joueur. Si l’on prend ici l’exemple de séance ci-avant, le match proposé sur l’atelier D oppose 7 blancs à 7 joueurs orange. Un rapport numérique qui peut convenir mais qui peut aussi empêcher les éléments moins affirmés de s’exprimer en raison du nombre important de joueurs à l’intérieur d’une surface de jeu réduite (ici un carré d’environ 33x33 m). Avec pour conséquence la plus probable que ceux-ci touchent peu de ballons durant le temps de l’opposition. Dans le cas présent, une opposition à 6 contre 6, voire 5 contre 5 avec deux joueurs en attente, permettra aux acteurs en situation d’être impliqués plus directement et de toucher un nombre beaucoup plus conséquent de ballons à la fin de la séquence, même s’ils ne jouent pas la totalité du temps. Charge à l’intervenant d’assurer des rotations rapides entre les joueurs à l’intérieur et ceux sur les côtés.

En résumé, les possibilités d’adaptation de l’espace peuvent s’obtenir :
– En agrandissant ou en réduisant l’espace (schéma 2)
– En changeant la disposition des joueurs à l’intérieur ou à l’extérieur (schéma 3)
– En jouant sur la taille et la disposition des zones et des couloirs (schéma 4)
– En faisant évoluer le rapport numérique et en assurant les rotations (schéma 5)
L’aménagement du temps et de la pression
La distinction opérée entre l’aménagement du temps et celui de l’espace vaut à titre explicatif. Dans les faits, ces deux paramètres sont le plus souvent indissociables puisque, dans la très grande majorité des cas, les modifications opérées sur l’un ont des effets directs sur l’autre. Toutefois quelques situations et exercices méritent que l’on se penche plus spécifiquement sur l’idée de pression en relation avec le temps disponible. Dans l’exercice B par exemple, le joueur blanc simule une perte de balle en transmettant au joueur vert qui va devoir effectuer une prise de balle orientée dans une des deux portes derrière lui et conduire son ballon sur quelques mètres pour finir au but face au gardien. Dès le ballon transmis, le joueur blanc revient défendre le plus rapidement possible en passant par l’autre porte que celle empruntée par l’attaquant vert. Avec quelques groupes et certains joueurs encore peu habiles dans leurs prises de balle, le temps d’avance dont dispose l’attaquant ne suffit pas et l’exercice peut ne pas marcher du simple fait que le niveau technique des enfants ne leur permet pas de conserver ce temps d’avance.
Il va donc s’agir de retrouver des situations de tir sous pression en aménageant la consigne. Ici, il va simplement s’agir d’exiger de la part du défenseur qu’il passe sur l’extérieur de l’autre porte avant de défendre sur l’attaquant. Ces quelques mètres supplémentaires à effectuer pour le défenseur vont se traduire en 1 ou 2 secondes additionnelles dont l’attaquant va pouvoir profiter pour s’organiser et tirer dans les conditions de pression recherchées.
D’une manière générale, l’éducateur en place peut donc faire varier le temps dont vont bénéficier les porteurs de balle ou les adversaires en adaptant les distances auxquelles se trouvent les plots et les coupelles pour jouer sur les contraintes ou les avantages temporels de ceux-ci.
L’aménagement des consignes et des cibles
La dernière variable de remédiation (ou de complexification) se manifeste au travers de l’aménagement des consignes et des cibles. Pour illustrer le propos et visiter les différentes possibilités offertes à l’éducateur, nous allons nous appuyer sur le jeu F présenté dans le schéma 1.
L’objectif de ce jeu vise à améliorer la capacité à changer de rythme collectivement et individuellement.
Le terrain est divisé en 3 zones avec des consignes spécifiques pour chacune d’entre elles : jeu en 2 touches de balle dans la partie basse (celle proche de son but), 1 touche de balle dans la zone médiane (en clair dans le schéma) et jeu libre dans la zone de finition. La consigne « 1 touche de balle » en zone médiane oblige à multiplier les phases de déviations, de remises et génère des actions de type « appui-soutien-3ème ». Le fait est que ce jeu nécessite une certaine maitrise technique individuelle et collective. En d’autres termes, il n’est pas aisé pour des jeunes joueurs, notamment les premières fois où le coach le propose. Or, il n’est jamais bon de demeurer dans une situation d’échec trop longtemps ou du moins une situation générant beaucoup plus de frustrations que d’apprentissages. Dans le cadre de la séance proposée, de quelle façon un éducateur, un accompagnant peut-il remédier à cette situation ?
La première solution va consister à aménager la consigne. Cependant, attention, il va s’agir également de ne pas dénaturer le jeu et de respecter la raison pour laquelle il a été mis en place. On peut donc dans un premier temps autoriser les joueurs à disposer de 3 touches de balle dans la partie basse par exemple. Ceci afin qu’ils disposent d’un temps d’organisation supplémentaire pour identifier les bonnes solutions tout en conservant la consigne 1 touche de balle en zone médiane pour retrouver les situations d’appui-soutien-3ᵉ recherchées ainsi que les actions techniques de déviation et de remise.

Et si cela ne suffit pas ? Une deuxième option va consister à changer la nature ou le nombre des cibles. Ici le fait de rajouter un deuxième mini-but à attaquer va inévitablement multiplier les opportunités offensives.
Dans le même ordre d’idée, on peut aussi imaginer positionner un appui profond entre les deux mini-buts qui va de fait autoriser l’équipe en possession à trouver un joueur vers l’avant. Cette consigne permettra par ailleurs de modifier le rapport numérique à l’intérieur de l’espace de jeu (5 contre 5 + 1 appui off pour les deux équipes en lieu et place du 6 contre 6 initial).
Une autre possibilité d’aménagement se matérialisera avec la présence de deux zones de stop-ballon qui vont remplacer avantageusement les deux petits buts et permettre au jeu de gagner en fluidité.
En résumé, les remédiations relatives aux consignes et aux cibles peuvent s'effectuer en jouant sur
- Les droits des joueurs (exemple : nombre de touches de balle autorisé)
- La nature des cibles
- Le nombre de cibles
- Le degré de complexité pour marquer un point
Comme on le constate, les possibilités d’adaptation et d’aménagement sont nombreuses et variées. Toutes cependant sont conditionnées par l’objectif recherché au travers de chaque procédé. Aussi, avant même de penser au comment et aux moyens envisageables pour animer l’exercice, la situation ou le jeu, nous encourageons vivement les jeunes éducateurs et les accompagnants à se poser tout d’abord la question du pourquoi. Tout ce qui se passera sur le plan pédagogique lors de cette séance, la pertinence ainsi que la qualité des retours et des feedbacks découlent de cette nécessaire interrogation initiale.
À Soccer Québec, des stages de recyclage sous forme de webinaires et d'ateliers
Pour maintenir leurs compétences à jour et renouveler leurs certifications, les techniciens québécois s'appuient sur un dispositif axé sur la formation continue à partir de webinaires ou d’ateliers de terrain. "On essaie de varier !" C'est un volet obligatoire pour les entraîneurs élites (deux premières divisions provinciales) afin d'être validés dans leurs certifications et il y en a aussi qui le font par choix", explique Christophe Blin, responsable du développement des clubs à Soccer Québec. Au programme des webinaires ? "L’humain comme levier de performance", "Créer et exploiter le déséquilibre offensif dans le dernier tiers" ou encore "Repérer des problèmes récurrents lors de l’animation d’un atelier et l’adapter pour chaque groupe", dont est issu cet article (à retrouver en intégralité ici).

George Foley-Jones, responsable de la méthodologie (U9-U14) à Fulham, détaille le travail des 70 recruteurs du club londonien pour tirer leur épingle du jeu face à la concurrence.
Le passage du hors-jeu aux "13 mètres" au HJ "à la médiane" modifie les problèmes auxquels les joueurs sont confrontés et ouvre de nouvelles options pédagogiques pour l'éducateur.

Ils s’agglutinent autour du ballon comme des raisins autour de la grappe. Plutôt que de téléguider les enfants, l’éducateur a intérêt à accepter le phénomène pour mieux avancer.

