Nommé à la tête de la sélection U20 F de la Côte d’Ivoire en août 2025, l'ancien coach des féminines de l'OGC Nice, Mathieu Esposito, explique les enjeux de sa prise de fonction express dans un contexte d’expatriation.
Vous faites partie des entraîneurs français à la tête d’une sélection nationale. Cette nomination faisait-elle partie de votre plan de carrière ?
Pour une part oui, même si mon arrivée s’est décidée et faite en très peu de temps. À mon arrivée à la tête de la sélection nationale U20 féminine de Côte d'Ivoire, je ne disposais en effet que de 33 jours avant le match aller du deuxième tour des éliminatoires de la Coupe du monde face au Maroc. Ce délai extrêmement court m'a immédiatement placé dans une situation d'urgence opérationnelle, au sein d'un environnement que je ne connaissais que très peu sur le plan sportif, culturel et humain.
"À son arrivée, un entraîneur ne doit pas chercher à tout bouleverser pour imposer immédiatement sa vision"
On imagine que vous avez établi une stratégie pour faire passer votre message. A-t-il été bien différent de celui d’un entraîneur arrivant dans un nouveau club ?
En sélection nationale, le rôle d'un entraîneur diffère fondamentalement de celui qu'il exerce en club. Le temps est compté, les rassemblements sont rares, et chaque séance doit être pensée avec une exigence maximale d'efficacité. Plus qu'ailleurs, il faut savoir aller à l'essentiel. Le premier défi est naturellement celui du temps puisque nous ne disposons que de quelques séances pour transmettre des principes de jeu, créer des automatismes. À cette contrainte s'ajoute une difficulté majeure : l'identification des joueuses pour évaluer et comprendre les qualités techniques, tactiques, physiques et mentales de chacune. Ce travail conditionne la construction d'un collectif cohérent et la mise en place d'une identité de jeu adaptée aux profils disponibles. Dans ce contexte, le projet de jeu doit rester simple, lisible et facilement assimilable. Chaque rassemblement doit permettre de consolider les principes, de renforcer les comportements collectifs et de faire évoluer progressivement une identité commune. Il s'agit de construire une véritable culture de jeu, capable de s'inscrire dans la durée.
Quels enseignements tirez-vous de cette prise de fonction express ?
Cette expérience m'a convaincu que la réussite d'un sélectionneur ne repose pas uniquement sur ses compétences tactiques ou méthodologiques. Elle dépend avant tout de sa capacité à comprendre son environnement. À son arrivée, un entraîneur ne doit pas chercher à tout bouleverser pour imposer immédiatement sa vision. Il doit d'abord observer, écouter et comprendre les personnes, la culture et les habitudes de travail qui l'entourent. Ce n'est qu'ensuite qu'il peut faire évoluer progressivement son projet.
