Nous ne demandons pas à l'équipe de France de remporter la Coupe du Monde américano-canado-mexicaine. Non, le fait est que nous lui demandons beaucoup plus ! Nous autres, coachs, joueurs, dirigeants, nous, les figurants de l'arrière-plan, attendons des Bleus qu'ils nous redonnent un sentiment de fierté et un sens. Car il faut bien l'avouer, au gré des affaires de tous genres, d’aplatissements coupables en prix de la paix délivré en notre nom à l’occupant de la Maison Blanche, le fil reliant le football du haut à celui d'en bas s'est quelque peu distendu ces derniers temps.
L’admiration que nous porterons aux joueurs de Didier Deschamps lors de cette compétition, le respect qu'ils imposeront par leurs actions et leurs comportements sont assurément les éléments les plus susceptibles de renouer un lien effiloché entre l'élite des dirigeants mondiaux et la base des besogneux agissants. Au-delà, bien au-delà des simples résultats des bleus, nous apprécierons chaque course dite gratuite, le moindre replacement invisible aux yeux du plus grand nombre, chaque manifestation de la primauté de l’équipe sur les individus qui la composent.
Qu'ils se montrent généreux et sans calcul. Qu'ils fassent preuve de considération en allant saluer leurs supporters. Que, vainqueurs ou défaits, ils serrent la main de leurs adversaires. Qu'ils nous épargnent les incompréhensibles caprices de star en mal d'exposition mais se fondent au contraire dans le collectif, pour le collectif, au profit du collectif. Que les remplaçants ne savonnent pas la planche des titulaires et que ceux-ci acceptent de se voir devancer lorsque l'un d'entre eux casse la baraque à l'entraînement . Qu'ils donnent un coup de main aux éducateurs de jeunes en évitant de se ruer sur l'arbitre à la première décision contraire. Qu'ils s'en abstiennent encore à la seconde. Qu'ils ne simulent pas. Que leurs réactions face à l'échec ou la réussite soient systématiquement modélisantes. Qu'ils permettent aux éducateurs du mercredi d'évoquer tel ou tel élément de l'équipe de France en glissant, admiratifs : "Non, mais vous avez vu ce joueur ?" sans que le propos se limite uniquement à la façon dont il joue !
À défaut de marquer l'histoire à chaque nouvelle édition, nos Bleus ont, à minima, l'obligation morale de l'infléchir dans le bon sens
Qu'ils prennent le temps de l'explication devant les caméras, qu'ils démontrent que le très haut niveau requiert de l'intelligence, qu'ils parlent aux journalistes en ayant conscience qu'ils s'adressent prioritairement aux licenciés, aux enfants qui portent leurs maillots, aux coachs, aux dirigeants et à tous ceux qui, au moins pour une part, leur ont permis de se retrouver là.
S'ils y parvenaient – et ils le peuvent puisque chacune de ces actions est à la portée de tous –, alors nous accepterions sans difficulté que ce ne soit pas Mbappé qui soulève la coupe au soir du 19 juillet. En vertu du simple fait que lors d'une compétition à quarante-huit équipes, quarante-sept ne la remportent pas. Nous le regretterions bien sûr dans la mesure où trois étoiles, ça a quand même une autre gueule que deux, mais nous saurions parfaitement nous en arranger pour peu que notre sélection fasse preuve des vertus morales que nous exigeons de la part de nos jeunes joueurs au sein des clubs.
ll s'agit là d'un immense défi pour des athlètes évoluant dans une réalité bien éloignée de celle des terrains amateurs. Cela ne saurait pourtant constituer une excuse parce qu'à défaut de marquer l'histoire à chaque nouvelle édition, nos Bleus ont, à minima, l'obligation morale de l'infléchir dans le bon sens. Vous voyez, nous ne demandons pas à l'équipe de France de remporter la Coupe du Monde américaine. Le fait est que nous lui demandons beaucoup plus.
