Le football parle d’un pays au même titre que sa musique ! Ou peut-être, faut-il désormais conjuguer le postulat au passé. Au même titre que la musique, ce qui se passait sur le terrain était l’émanation directe de l’histoire d’une nation, de sa culture, et d’une manière plus générale encore de ce lien impalpable et cependant réel qui fait que l’on n’envisage pas l’existence de la même façon selon que l’on vive d’un côté ou de l’autre de l’Océan ou de la chaine des montagnes. Au risque certain de donner dans la caricature, force est de constater que les brésiliens pratiquaient un football rythmé comme une samba, les anglais faisaient preuve du pragmatisme d’une nation Victorienne, les allemands imposaient une force et une discipline toute prussienne ; et on arrêtera là les exemples pour éviter de sombrer dans le ridicule des raccourcis simplistes.
Mais il n’empêche, la manière de jouer au football des habitants d’un pays valait bien souvent pour paraphe et signature. Un des enseignements majeurs des matchs du premier tour est que la plupart des équipes pratiquent un jeu très similaire, avec des systèmes et des animations empruntant bien souvent au jeu de position et aux idées de Guardiola. Pas par convictions mais bien plutôt parce qu’une bonne partie des sélectionneurs en lice en manquent cruellement, d’idées… Mêmes remontées de balle, même accents mis sur les mêmes points, même peur de se faire crucifier par la presse, ses supporters ou ses dirigeants en prenant l’incommensurable risque d’être eux-mêmes.
Sans prétendre à aucune vérité formelle, il faudra quand même que l’on m’explique comment un pays où il fait 5 degrés en été peut engendrer le même type de football que celui où le thermomètre affiche 35 degrés en hiver. Ou bien encore comment des états de 3 millions d’habitants et des pays-continent de 300 millions de personnes peuvent défendre et promouvoir exactement les mêmes principes de jeu.
Il y aura sûrement quelqu’un, quelque part, qui saura présenter des arguments solides expliquant cette tendance dangereusement conforme. Il faudra cependant qu’il soit convaincant en nous expliquant qu’il s’agit là d’une chance pour les amateurs de ballon rond. Du moins si l’on considère l’évidence selon laquelle l’ennui, un mortel ennui, nait le plus souvent de l’uniformité.
